La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

' LE CHEMIN A PARCOURIR 289 Les résultats d'une semblable mesure, si elle se réalisait actuellement, étonneraient considérablement ses aYocats. Les rues se rempliraient bientôt de travailleurs affamés de toute sol'te, domestiques, carrossiers, décorateurs, bijoutiers, clrntelières, médecins et ayocats, façonniers, et une infinité d'autees dont le gagne pain consiste à présent à satisfaire les besoins de la classe des propriétaires. « Voilà, crieraient-ils, ce que nous valent YOSthéories. Viye le bon Yieux temps, où du moins nous aYions notre salaire. Ce salaire valait mieux. que rien. » EYiclemment 1\1. Goschen (le ministre des finances) aurait trois voies ouvertes devant lui : 1• Il pourrait rendre les 11.250 millions clefrancs aux. landlorcl , avec ses excuses; 2° il pourrait essayer de créer avec cet argent des industries d'état pour donner du trarnil au peuple; ~0 il pourrait simplement distribuer cette somme parmi les gens sans traYail. Le troisième moyen doit être écarté, car n'importe quel moyen est meilleur que le pa,,em et circenses. Le deuxième (création d'industries d'état) serait une entreprise beaucoup trop vaste poue qu'elle pût. fonctionner assez tôt afin de résoudre l'urgente difficulté. Le premier (la restitution avec excuses) serait une reductio ad absurdum de toute l'affaire, une confession que le lancllonl, en dépit de son oi ·eveté et de sa voracité, accomplit une fonction économique indispensable, la fonction de capitaliser (quelque Yicîeux. et dissipé 11u'il soit) la richesse ex.cédant son pouvoir nécessait·ement limité de consommation personnelle et immédiate. Et ici nous faisons échec et mat le Georgisme qui est l'appropriation de la rente par l'Etat, moins le socialisme. Il est facile de montrer que l'Etat a droit au reYenu entier du duc de ·westminster et d'en arguer que l'on den1 ait incontinent l'imposer de 100 pour 100. Mais, sérieusement et. pl'atiquement, l'Etat n'a aucun droit de retirer cinq centimes de capital au duc ni à toute autre personne, jusqu'à ce qu'il soit prêt à les placer dans U!}e entreprise producfo·e. Reprendre du capital à un particulier simplement pour le renfermer improductivement clans les coffres du Trésor, produirait des conséquences si rapides et si ruineuses, qu'aucun homme d'Etat ne pourrait persister à le faire, quelles que soient les ressources destructiYes de l'économie abstraite dont il pourrait armer sa conscience. On verra dans l'aYenir, comme on l'a vu dans le passé, que les gouvernements ne se procureront de l'argent que lorsqu'ils en auront besoin pour des desseins spécifiques, et non pas d'après des démonstrations a priori prouyant qu'ils ont droit à cet argent. Mais il faut ajouter que lorsqu'ils en auront réellement besoin pour un but spécifique, alors, dans l'aYenir comme dans le passé, ils se procureront cet argent sans le moindre égard aux démonstrations a priori tendant à prouver qu'ils n'y ont pas droit. Ici donc, nous arrivons à une sorte d'impasse. En dépit des démo19

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