LE MOUVEME~T SOCIAL EN FRANCI!: ET,\ L'ÉTRANGER 249 uniquement comme réformateur social que nous voulons le présenter à nos lecteurs. Ajoutons, cependant, que ses romans, et notamment son Que faire? dont une traduction française a paru en 1876, plaident aussi la cause de l'affranchissement des travailleurs et de l'émancipation de la femme. De 1856 à 1862, Tcheruychewski collabora à la revue russe le Contemporain, que venaient de fonder quelques jeunes gens imbus des idées progressistes Je. l'Occident et qui parut jusqu'en 1862, époque où cette publication fut supprimée par le gouvernemeut. Il parut pendant cette période dans chaque livraison de la revue environ 100 à 150 pages dues à la plume de l'éminent écrirnin, presque toutes consacrées à l'élucidation des grands problèmes politiques, économiques et muraux de notre époque, et spP.cialement à la question de l'affranC\hissement des paysans, à la critique du budget et de l'impôt, aux différentes formes de la propriété foncière, etc. Il a publié aussi, à cette époque, une trll;duction complète du traité d'éco • nomie politique de John Stuart Mill (traité alors si populaire déjà en Angle•• terre et si peu· connu ailleul's) et en même temps il soumettait les idées de Mill à une critique serrée et impitoyable au point de vue de la logique. Cet ouvrage parut sous le titre modeste d'Esquisse d'économie politique d'après Mill, mais il constitue lui-même un des meilleurs traités de science économique. C'est le premier volume de ce livre qui parut à Bruxelles, chez D. Brismée, en t871Jc. La seconde partie, qui devait former le second volume, n'a jamais paru en entier. Nous avions commencé à en publier les premiers chapitres dans la revue l'Economie sociale en 1876-77, lorsque la maladie et bientôt la mort de notre ami et à jamais regretté collaborateur C. -C. Selliet·, dfrecteut· de celte 1·evue, vint mettre fia à cetl e publication. On a aussi de Tchernychewski un t1·avail remarquable sur la Propriété com• munale du sol, qui n'est autre chose que les articles qu'il a publiés sur ce sujet dans le Contemporain. On a aussi de lui ce1·tain nombre de lettres relatives· à l'affranchissement des set·fs et réunie.~ sous le nom de Lettres sans adresse. Elles sont en réalité adressées au czar Alexandrn II. Tchernychewski y prévoit, ce qui est advenu eu effet, que la façon dont a été eatrepri~ l'affranchissement des paysans n'a fait que tr-ansformer, mais non abolir, la servitude réelle de ces derniers et n'a été, somme toute, qu'un affranchissement fictif pour l'immense majorité d'entre eux. Une traduction de cet op_usculea paru dans le journal socialiste de Liège l'Ami du Peuple, et tiré à part sous forme de brochure. Mais ce qui indisposa surtout ie gouvernement contre Tchernychewski, ce fut sa critique du budget de l'Etat russe. Jamais jusque-là on n'avait osé soumettre en Russie le budget à une critique scientifique. Notre écrivain fit voir combien ce budget était ruineux pour le peuple, et combien arbitraires sont toutes les diverses taxations établies. Vers la même époque, il publia un article intitulé : Sont-ils devenus plus sages~ où il blâmait le gouvernement d'avoir ordonné l'invasion de l'Université de Saint-Pétersbourg par la soldatesque, parce que les étudiants refusaient de se soumettre au règlement qu'on voulait leur imposer. C'est là le double « crime contre l'Etat » dont le gouvernement prit prétexte pour supprimer la belle revue le Contemporain, si éminemment scientifique, et jeter en prison son principal rédacteur. Celui-ci subit d'abord vingt-deux mois de prison préventive dans la forteresse de Pierre et Paul. Puis, condamné, il subit ses sept années de travaux forcés dans les mines de Nertschinsk, d'où il fut transporté dans une prison de Vluysk, dans la Sibérie orientale. Là, il vécut treize ans dans nue cellule~ sans autre compagnie que les cosaques et les gendarmes qui, la nuit, l'enfe1·-
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