La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

248 LA 1\1!:VUE SOCIALISTE aussi bien par les rédacteurs de !'Etendard ùe New-York, que par les réfugiés de Londres, de Zurich et de Paris, aussi bien par les adhérents au « Comité de la volonté du peuple », par les « A;:iarchistes », par les « Jacobins», que par les lecteurs des journaux Le Tocsin et En avant. - ,, L'union des démocrates socialistes ~ bui s'occupe plus spécialement de traductions, a dû être particulièrement heureuse du retour de l'un des siens car, si Tchernychewski fut lepère du nihilisme que Tourgueneff a baptisé de son nom, c'est à tort qu'on yerrait en lui un conspirateur; son arme était la plume, mais une plume dont se prévalent aujourd'hui et les terroristes et les propagandistes. Après le précurseur Herren, aucun écrivain n'exerça sur son pays pareille influence. Son souvenir est demeuré jusqu'a ce jour, pour tous les Russes, de toutes les classes, l'objet d'un véritable culte. Les femmes surtout professent pour lui un réel fanatisme, fort explicable d'ailleurs, car jamais la femme ne rencontra plus vaiL lant défenseur. ' Mais cédons la place a la plume plus autorisée de César De Paepe. Les gouvernements autocratiques ont plus peur enco1·e de l'idée que Je la poudre là plus meurtrière; et c'est pourquoi le gouvernement du czar de toutes les Russies baillonna le grand écrivain, le mit aux fers comme un vulgaire criminel et ne le rend aujourd"hui à la liberté que vieux .. infirme, usé, dépaysé dans sa propre patrie, et mortellement frappé, dit-on, dans son cerveau, dans sa belle et grande intelligence. C'est en 1864, sous Alexandre II, que Tchernychew3ki fut condamné à sept ans de ti·avaux forcés en Sibérie, pour ses premiers a1·ticles d'économie sociale parus dans la revue le Contemporain. A l'expiration de sa peine, on le retiut sous dive1·s prétexte3 bien au-delà de la peine pl'Ononcée, dans la crainte qu'avait le gouvernement de le voir prendre la direction intellectuelle et morale de la jeunesse ru~se et de la lancer de plus en plus dans les voies du socialisme et de la science indépendante. Ce que l'on châtia en Tchernychewski, ce furent ses talents, son savoir et son caractère. Tchernychewski a rendu à son pays et à l'humanité trois grands ~ervices: le • p1·emier, dans l'ordre chronologique, se 1·apporte à la littératu1·e et aux arts en général, le second à la science économique, et le trnisième à la condition soc(ale de la femmt! ( 1). Ce n'est point ici le lieu de montrer Tchernychewski dans sou œuvre de révolution de la littérature et du goût. C'est dans ses romans, et aussi dans son livre célèbre: Rapports esthétique" de l'art avec la réalité, publié en 1855, qu'il se révèle tout d'abùrd corume réformateu1· littéraire et critique d'art. C'esL (J) Voir la préface et notice biograJJhique que publia de Paepe en. 1874, en collabor!il ion avec son ami T ... , en téte du volume paru chez D. Brismée, à Bi-uxelles, sous le titre de : L'Economie p,,litique jugée par la science. C'est dans cette notice que la plupart des journaux ont puisé les renseignements qu'ils donnent sur Tchernychewski, mais sans en indiquer la source.

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