La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

210 LA REVUE SOCIALISTE sujet de la rein:e Victoria. Après une guerre de journaux assez peu courtoise, les trois puissances intéressées décidèrent de recourir au moyen classique de la conférence. Celle-ci devait se réunir à Berlm vers la fin d'ayril 1889. On lui assigna pour mission de désigner le successeur de Malietoa, de déterminer les droits respectifs de l'Allemagne, des Etats-Unis et de l'Angleterre, et de trancher diYerses questions d'ordre économique soulevées par la présence des Européens à Samoa. Chacune des trois puissances désigna ses représentants : nous relevons parmi ceux de l'Allemagne le nom du comte Herbert de Bismarck; parmi ceux de l'Angleterre, le nom de sir Edmond Malet, et parmi ceux des Etats-Unis les noms de MM. Bates et Kasson. On n'attendait pas sans anxiété dans le monde diplomatique la l'éunion de la conférence. Nombreux. étaient les journaux qui semblaient mal augurer des intentions de M. de Bismarck. Le chancelier de l'empire avait en vérité quelque raison de donner sur le dos des Yankee libre cours à sa mauvaise humeur! Les Américains affichaient un mépris par trop hautain pour les règles de la politesse internationale, et la presse allemande, se prononçait en fa-mur d'une sévère leçon. C'est ici le lieu de raconter l'incident H. Bates, incident qui n'a pas eu de suites, grâce à la volonté bien arrêtée de part et d'autre d'aboutir à un accord durable. Le délégué américain qui lui a donné naissance n'est pas nouveau venu dans le monde diplomatique. La première conférence de Samoa. si riche en incidents de toute sorte, ayait mis en lumière l'incontestable talent de dialectique de M. H. Bates. Les jouruaux de l'Union lui firent fête, et la carrière politique de l'ami de M. Blaine s'ouvrit sous les plus brillants auspices. Le gouvernement des États-Unis répondit aux vœux de l'opinion publique en le chargeant de représenter la République nord-américaine à la conférence de Berlin. A la même époque, paraissait dans l' « ILlustrated Monthly magazine» une violente diatribe contre l'Allemagne. Son auteur, qui n'était autre que M. Bates, prenait vivement à partie le gouyernement de Berlin, :flétrissait sa conduite dans l'affaire de Samoa, et dénonçait à ses concitoyens le grand complot ourdi contre eux par le chancelier de l'Empire de concert avec l'Angleterre. La presse européenne s'émut. Les journaux qui puisent leurs inspirations dans le reptilienfund se répandirent en amères récriminations contre ces diplomates improvisés, incapables de se plier aux convenances internationales. C'était en vérité la première fois qu'un négociateur insultait publiquement les gens avec lesquels il devait un mois plùs tard chercher un terrain de conciliation! D'autres le prirent sur le ton demi-plaisant et affectèrent de trait01· M. H. Bates avec une

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