144 LA REVUE SOC[ALISTE société française. Jadis, aux époques où le Droit,très limité, insuffisamment systématisé, n0n applicable à toutes les catégories sociales, protégeait insuffisamment les incliYidus,il était bon que chacun eût des armes sur soi et s'en servît pour se défendre. Bientôt de tous ces soucis individuels de défense naquit une Corme du Droit qui, légitimant le combat singulier, ne le permettait néanmoins que dans certaines conditions. De là le duel et ses formalités systématisées sous le titre de « code de l'honneur,.. La civilisation féodale et militaire ayant disparu, le Droit et toutes ses garanties s'étant étendus en principe a tous, comment se fait-il que le duel ait survécu? Pourquoi a-t-il survécu en France,et l'ignore-t-on à peu près en Angleterre? Pourquoi, sauf en cas de mort d'homme, a-t-il triomphé de la loi, dont les interprètes ferment quotidiennement les yeux sur les exploits des ferrailleurs? Il n'est cependant pas un seul de_sdommages que le duel prétend réparer qui ne soit réparable pas les lois sociales. VI. - Ceux qui, par leurs actes ou par leurs écrits, prennent l'initiative de faire accepter a leurs contemporains un concept de Droit supérieur a celui qui les régit, sortent nécessairement du Droit qui leur est contemporain, violent ou excitent a violer ce Droit et les lois qui le consacrent. Ces iiütiateurs sont-ils des délinquants, des criminels? Oui, si l'on se place au point de vue du Droit contemporain; non, si l'on adopte . leur concept du Droit et si l'on examine leurs écrits ou leurs actes du point auquel ils se sont placés, ou, et alors les contestations deYiennent plus rares, si le Droit pour l'établissement duquel ils ont écl'it et agi est réalisé. De la vient que les hommes de la Révolution sont pour les uns des scélérats chargés de crimes, et pour les autres cleshéros libérateurs. Le caractère extra-légal des actes et des paroles de ceux qui travaillent a réaliser une forme de Droit supérieure a celle qui régit leurs contemporains, a donné lieu, de la part de l'école criminaliste italienne, a une confusion qu'il importe de relever ici. Lombroso, et après lui, M. Tarde, classent les novateurs et les insurgés politiques parmi les criminels et les délinquants. Ainsi jugeait l'Eglise imposant l'amende honorable à Galilée' et brûlant Giordano Bruno. Voyons ce qu'il en est. Pour l'école criminaliste italienne, tout criminel est un attardé qui,dans notre civilisation, reproduit les rnœurs des temps disparus. Est-ce le cas dé l'initiateur social et politique qui veut réaliser une conception supérieure du Droit? Assurément non. Sans doute les moyens ont caché le but, et de ce que certains novateurs prétendent mettre la force au service de leur conception du Droit
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