La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

REVUE DES LIVRES 125 les hommes comme Oomat Pothier la soutinrent avec la plus incontestalJle auto:-ité. « La seconde opinion consiste à admettre la légitimité économique de l'intérêt à de certains taux dits modérés, à la repousser quand il atteint des taux excessifs. Pour une opinion scientifique, on ne peut se tenir de la trouver singulière. Qu'est-ce que des taux modérés, des taux excessifsî Limiter c'est contester, couvrir de l'appui de la loi une partie d'un même fait économique et en renier une autre, n'est rien autre chose qu'infirmer la « légitimité» en soi du fait même et tout entier. « La troisième opinion d'une origine plus récente se prononce pour la suppression de toute réglementation du prêt. (< En plaçant sur le même pied l'intérêt et l'usurn, en les confondant, pour mieux dire, en un fait unique la doctrine de la liberté absolue de l'intérêt a réveillé dans la conscience publique tous les vieux sentiments qui, de longue date, frappaient l'usure d'illégitimitt,;, de flétrissure, d'impossibilité économi::iue. « D'autre part, cette même doctrine de la liberté absolue de l'intérêt montrait l'identité du loyer et du fermage avec l'intérêt, et réclamant pour celui-ci, comme pour ceux là, une situation égale, elle a jeté sous le coup de la discussion les questions du loyer, du fermage que, jusqu'alors, l'examen n'avait ni soulevées, ai atteintes. « Dès lors, à l'encontre de la doctrine de la liberté absolue du prêt à intérêt sous toutes ses formes, prêt d'argent, crédit, loyer, fermage, une opinion en tout opposée : la doctrine de l'illégitimité absolue de l'intérêt sous toutes ses formes, était née. « C'était le socialisme. « Le socialisme est l'ensemble des doctrines, qui, au nom de la justice, tendent à rectifier les répartitions sociales dans le sens des besoins du plus grand nombre. Or, qui donc plus que la doctrine de l'illégitimité de l'intérêt réparerait jamais les torts dont souffrent les déshérités du monde1 « Mais la doctrine de l'illégit.imité du prêt à intérêt était-elle nouvelle 1 Oh! non vraiment, répond l'histoire qui proteste. Cetté idée a fait son apparition dans le monde au temps des premières sociétés civilisées. Quand le cluistianisme à sa naissance l'a recueillie, elle avait un passé plus de seize fois séculaire. « Si l'Economie politique, en excommuniant la doctrine de l'illégitimité dP. l'intérêt et en la rejetant aux sy,tèmes révolutionnaires, a commis une étl'ange faute contre l'esprit scientifique, le socialisme, auquel cette upinion se trouvait ainsi attribuée à titre exclusif, a commis, pour sa pa1·t, en l'abandonnant depuis d'assez longues années, une inexplicable malad1·esse, il a sacrifié sa meilleure arme, renoncé à la seule de ses idées qui fût pratique. » Nous sommes obligés de reconnaître que ce reproche adressé au socialisme est, en pal"tie, justifié. Répondant ensuite aux défenseurs du prêt à intérêt, l'auteur leur démontre victorieusement que l'intérêt ne peut se réclamer des droits du travail, puisque le prêteur, tout en gardant la prop1·iété de l'objet prêté a vécu sans travail des profits tirés du prêt, ni de la prétendue productivité du capital qui ne produirait rien sans le travail de l'homme. L'auteur prouve ensuite, non moins victorieusement que le prêt à intérêt et le droit de propriété sont des phénomènes économiques distincts et qu'à les confondre, on tourne le dos à la science. « L'origine et le fondement. reconnu du droit de propriété c'est le travail. Quand il est seul, pur de tuut alliage, le droit de propl'iété échappe à tout grief. Mais en regard du droit, laissez paraitre le prêt à. intérêt sous toutes

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