L' ALCOOLISJ\IE ET LES ALCOOLIQUES 85 Oh! que le leetenr se ra::s::sure, l'alcoolisme est heureu::sement beaucoup moins fréquent chez les femmes que chez les hommes. Pourtant, pendant les huit. jours que j'ai passés à la clinique clu docteul' Magnan, j'en ai compté il·ois.La premiere est cette malheureuse atteinte rlu déli1·ium tremens, <lontj'ai conté pltrnhaut la fin la- • men table. Le::- <leux auti-es cas, pom· n'èti·e pas aussi tt·ag-iqucs. n'en sont pas moins intél'cssants a con naih·e. La femme c1ne le ,locteu,· ~Iag-nan i11le1TOg'('<lm·ant moi est <lans un état de pt·ostration absolue. Elle Il(' 1·('pon<l a ancnne rl('s <1u('stions qui lui sont post'Cs, cl pa1·aiLins('11sible à tout. Pondant. on lit <laus ses yeux l'incomrnensm'abl0 eff1·oi d'une Yision intfrieure. L'histoire <k ceUr pamTc (emme ('st conl'te et 11rty1·,rnte:Elle &Lait. marchan,le <leYins, 0LYiYait heurens(' Pnfre son mai·i et ses <'ufants. Sa maison prnspél'ait. ~fais successÎn'lllent lk rna,·i et les rn(ants . ont morts. Pour oublier, elle Ù'sl mise à boi,·c. T1·islc ! L'aut,·c femme qnt' nous ayons Yue est une blanchisseuse. Elle so trouYe fort étonnée tl't',fre dans cet hospicr,et elle se forn'ne l'rJquemment Yers moi en nw <lisant: « k yous ju1·e, monsieur, que je ne bnYais pas. Ri('n· qu'un rloig-1<lemèlé-c:assis <le l0111psen temps, un petit café consolé, <'t pas pl11s ». LC'cas ile cPLte main.il<'('si, cu1·Î('U:( <'li c-eqnc les ti-oub](ls senso1·iels h-~s ('tPndus p1·t'•spnil'nl Ull<'1·a1•padiYilt;. C'est ainsi qu'('lll' Yoit dps sait irnhanq ll<'shl<'lls,<1 ll i S<' Mshabi IIC'nt <lentnt elf('. Les imngt•s d l0s coulcu1·s s0 succè,knl 1·ariidcment, s(' m€>lent, s'em bn>uil l<'nlC'f.<'011 si it ll<'ll t la pl11s rat iµ·ant(' ,· i:-:ion.Toul en nous parlant, clic est. l'objPI <l'u1wde tt's halluc-inalions ilC'la nw, sans doute rén'illéc par ku1· énwation. La yoici qui Yoit un fN1 tl'artÎÎlce et tcnL0 ,le nous k décrire. Mais clic est interrompue par le docteur Magnan, qui, tout. <louc0ment, change le cou1·s de ses idées et fait ainsi cesser l'hallucination. Elle s'arrête un instant, nous <lemal)(lC à boi,·c et suit sa chimère. Cette fois cles chats et des 1·,üs galopent ,lcyant elle, puis <les s<'l'- pents rampent sous ses yeux. Interrogée par nous, clic nous rérioncl qu'elle n'en a pas peur. et nous demande <lenouyeau à boi1'e. Puis, reprenant, elle tente d'attl'Ftper des mouches imaginai1'es qui l'agacent. L'ouïe est. ég-alement affectée. Elle cntenrl (surtout. la nuit) des bruits de dispute, de chaises bousculées, et s'imagine que ce sont des Yoisins qui lui font des scènes. Enfin, 0t pour compléte1· sa to1·- ture, cette malheureu::se a les narines obsé,lées par des odeu1·s:r1•une intolérable fétidité. L'inesse féminine, la plus triste et la plus hideuse, pour être très rare a Paris, n'en exerce pas moins des rayage-:; en p1'0Yince, sur lesquels il faut appeler l'attention.
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