La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

L'ALCOOLISME ET LES ALCOOLIQUES 70 Korn, YOiciau but de notl'e Yoyage. Ici une J)1·emière déc<'piion nous at.ten(l. M. Charcot, Yient rl'a1·1•iye1·.Je lui expose ma requête: décrire le8 misè1:es physiques et morales <lel'a.lcoolisme. L'illtrntre praticien s'étonne pre8qne: un sujet que l'alcool a renrlu fou ne cliffpre pas ,l'un aut,1·efou. D'ailleurs, il n'y a pas ile quartiel' :-péciaJ aux alcooliques. Enfin, il n'y en a qu'un seul actuellement à l'hospice. Si je rlésit·0 le Yoi1·, un intel'Jle se1·a mis a ma 1lisposition. J'accepte a.Yecdes remerciC'mc-nts, et. l'interne me pilote dans une immense file rlc salles blanches aux lits plus blancs enco1·e. Tout au fond, nous ape1·ceyons notl'e sujet l'alcoolique. L'alcoolisme, chez ce pamTe diable, a amené une pm·alysie de la jambe clt·oitequi Pst ré<luite à sa plus simple ex.p1·ession. La nuit, Iles hallucinations de la Yne et <lel'ouïe le font cléli1·er, « sul'tout les soirs rle sortie» me dit malicieusement la suneillante. - Oui, monsieur n'est. pas sage; il boit, il se grise et, quand il renti·e <lans cet état, il rechute. L'alcoolique 1·it.rl'un petit 1·ire en ,Je.son:-, plutôt. espiègle que sou1·nois. D'ailleurs la physionomie n'est point dég1·aclée;une faible lueur cleraison éelai1·e encore les yeux, et si le malhem·eux. Youlait renoncel' à boi1·e a1wès :-a ~ué1·ison,il lJOunait sinon recoun·et· ses forces pa8sées, <lumoins YiYoter sans ti-op d'incommodités. Je regar(le la pancarte <lumala(le. - Vous êtes p:ai·çon de hffoir, lui ,lis-je. - Oui, c'est <:aqui m'a amené ici. Comme je fais un p:est.e(l'incl'édulité, il insiste. - Je Yous dis que c'est les aci1les et les autt·es drogues chimiques qu'on respire dans les lm·oil's qui m'ont mis dans cet état-là. EtonHé de cet effet inconnu jusqu'à ce jour de la potasse et rlu borax, et quelque peu sceptique, je murmure un : « Allons donc! » auquel il réponrl ayec :-on petit rire rle gamin parisien : - Si Yous sayiez ce que ça fait boire, ces machines-là. Et ce que ça ôte l'appétit., (lonc ! c·est rien de le dire. Alors, comprenez, quand· on peut pas manger; comme faut bien :-e soutenir, dame I on boit. Nous y sommes! .thouez que le détour a été long, mais point maladroit. Lorsque nous le quittons, il nous reconduit jusqu'au lit de son Yoisin ayec t.out ce qu'un Yif sentiment des conYenances peut lui suggé1·er d'amabilités gesticulées et parlées. En Yoilà un que sa pa1·alysie, encore que partielle, doit faire souffrir! Sous la Yoûtequi traYerse le bâtiment et CO]l(luit a cl'aut.res arrièrecours, une porte s'oun·e a <leux battants et une pen:-ionnaire vient, trainant une Yoittll'e à bras pleine de dét,l'itus. Nous nous rangeons pour la laisser passer. La face ,le cette panne lllle est repo_ussante et morne. Les lèvres, épaisses et bestiales, sont rip;ides. et sans un frémissement.Les yeux,

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