760 LA REVUE SOCIALISTE pas résolus, il n'y aura ni paix ni trève dans le monde social, et les temps héroïques resteront ouverts. Et que de combats il nous reste à livrer, pour entrer dans la terre promise des rénovations philosophiques, politiques et sociales dont le ferment fait tressaillir le monde, en cette sombre fin de siècle? L'anarchie morale est à son comble, la dureté, l'avidité et l'égoïsme dominent tout; la recherche virile de la vérité et la pratique altruiste de la justice et de la bonté qui devraient éclairer tous les esprits et réchauffer tous les cœurs ne sont le fait que de l'infime minorité. Et le monde social est à l'unisson du monde moral. Les antagonismes économiques s'enveniment, le paupérisme industriel s'intensifie et s'étend, l'exploitation capitaliste devient de plus en pins oppressive, de plus en plu~ intolérable, les progrès industriels se toument contre les prolétaires, font que l'offre des bras (chassés de l'atelier par les machines) encombre sinistrement les muchés du travail, et que sur des millions et des millions de familles ouvrières en détresse, le chômage et l'insécuritil étendent leur voile funèbre de misère et de mort. " Pour compliquer tragiquement toutes choses, le vieux monde monarchique et militaire, avide de dévastations et de massacres, semble ressusciter de la tombe de Barl,erousse. « Armé de tout cc que la science moderne, férocement tournée vers les œuvres de destruction, a pu lui fournir d'engins meurtriers, il soulève les unes contre les autres les !Sations, comme fait la tempête des vagues de la mer et va peut-être, en haine de la République française et de la liberté des peuples, plonger l'Eurnpc dans les abimes d'une conflagration qui dépassera en horreurs les funèb1·es dévastations du cinquième siècle et attestera, comme il fut fait aux sombres jours de l'empire romain croulant, que nulle barbarie n'égale en atrocités une civilisation déclinante. ,. (1) Et comme si ce n'était pas assez pour noti'e pauv1·e France que d'avoir à redouter l'agression monarchique de la triple ou quadruple Alliance monarchique qui en veut à s011existence même, elle <loitse mouvoir au sein de fac - tions intestines qui mettent sa liberté et son avenir progressi,te en péril: tant il est difficile de transformer une ancienne monarchie en République réformatrice. Dans cette situation pleine de conflits, de douleurs et de menaces, tous ceux qui aiment véritablement la Révolution dont nous allons célébrer le centenaire doivent, pour trnvaille1·, lutter, souffrir et mourir pour elle, si elle est menacée, ceindre leurs reins, armer leur droite et se préparer, encore une fois, à combattre les combats suprêmes de la liberté, de l'égalité et de la fratemité contre toutes les réactions coali,,ées. Parmi ces combattants du droit qui viendront mettre de nouveau leur cœur et leurs bras au service des libertés et des justices populaires, Amilcare Cipriani sera au premier rang, « eroe e duce », comme disent les poètes de sa noble patrie italienne. Puisse le récit de son glorieux passé, que vous avez magnanimement et éloquemment raconté, avoit· réuni ce jou1·-là autour de lui des milliers de ces vaillants, qui, petits par le nombre, mais grands par le courage, font triompher les nobles causes, en les défendant héroïquement et en se dévouant à elle jusqu'à l'héroïsme, jusqu'à la mort! C'est par ce vœu que je termine, en vous renouvelant - à vous qui, sur d'autres champs de b:itailles, luttez généreusement contre les cruautés de l'iniquité et de la misère, pour le soulagement des souffrances - l'assurance de ma respectueuse amitié et <lemon inaltérable dévouement. (1) Reuue socialiste, dlt 15 décembre 1888, Le l)frecteur-Gérant : Benoît MALON. Paris. - Typ. A. DAVY, Imp•, 52, rue Madame,et -a, rue CorneJlle
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