REVUE DES LIVRES 759 DES LlVRES Amilcare Cipriani. - Les Romagnes et le peuple italien,par Madame Emilie de Morsier, avec lettPe préface par BENOIT ~!ALON. Le Dentu, éditeur, Palais-Royal, en vente également aux bureaux de la Reuue socialiste. En attendant de pouvoir parler comme il convient de ces pages éloquentes qu'une femme de haute intelligence, de lumineux talent et de magnanime caractère consacre à l'héroïque révoht!ionuairn qui vient de fonde1· à Paris l'Union universelli! des peuples, nous crnyons devoir communiquer à nos lecteurs lii lettre préface de notre rédacteur en chef qui précède le liwe û attachant de Mme de Morsier. Le Cannet, prèe Cannes, le 22 janvier 1889. Mon estimable amie, Vous insistez pour que quelques lignes de moi précèdent les pages chaudes et vibrantes que vous consacrez à mon vaillant et noble ami, Amilcare Cipriani. Vainement vous ai-je objecté que mes pauvres phrases n'ajouteraient rien à votre éloquent témoignage; vous avez pei·sisté et je ne sais comment répondre à votre amicale et flatteuse confiance. Ferai-je l'éloge du beau et courngeux petit livre que vous avez écrit avec votre foi dans l'humanité irléale future, et avec votre ardente sympathie pour ceux qui travaillent, souffrent, combattent, saignent et meurent pour elle i Cc n'est pas ce que vous avez voulu. Parlerai-je auprès de vous de l'héroïsme du révolutionnaire socialiste dont. vous r:1contez les épreuves et les combats~ Ce ne serait que mal répéter ce que vous avez si bien dit. Dans la belle traduction que vous nous avez donnée de la Bibliographie de Mazzini (1), vous dites, en parlant du fondateur de la Jeune Italie: " On peut discuter les idées, mais on ne saurnit nier la grandeur du caractère. » Ces • paroles s'appliquent, trait pour trait, à Cipi-iani, à cet apôtre de toutes les ca.usesjustes, à ce vaillant de toutes les guerres libératrices que dix-sept années de daportation et de bagne politique, faisant suite à dix ans d'exil et à cinq campagnes militaires, n'ont pu entamer ni dans sa foi, ni dans ses espérances, ni dans ~011 dévouement à la cause des opprimés et des exploités. Un tel homme méritait les pages que vous lui consacrez, et j'ai hàte d'ajouter que vous avez bien choisi le moment pour rappeler aux bornés et aux sceptiques; aux indifférents et aux égoïstes, qu'il est des hommes pour qui la vie - au lieu d'étre la recherche avide et étroite du bien-être et du bonheur individuels - est dominée par la haute conception du devoÏI' social et du dévouement au bien commun, jusqu'au complet sacrifice de soi. Pour ces hommes, pour ces révolutionriaires, que les conservateurs bienveillants se contentent d'appeler des fous et que les conservateurs sans épithète qualifient de malfaiteurs, en toute sécurité de conscience, les temps sont proches, peut-être où il faudra reprendre le harnais et se méler aux tragiques combats qui vont se livrer pour la liberté républicaine des peuples et pour la justice socialiste. Quoi qu'ait pu, sottement ou criminellement, dire un jour Gambetta 1 les temps héroïques ne sont pas passés : quelle aberration de le prétendre! Non, tant que tous les problèmes posés par la Révolution française ne seront (1) Biographie de Mazzini, par Mme E. Ashurt-Venturi, suivie de deux essais: Pensées sur la Démocratie en Europe; les devoirs de l'homme. Traduction française par Mme Emilie de Morsier. Paris, Charpentier 1881. (Note de l'édite11r),
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