La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LA VÉRITÉ SUR LES CHEMINS DE FER SERBES 741 si grande déférence, qu'a la nom·elle d'une Compagnie ayant reçu l'ordre de viqer les lieux dans 24 heures, ils ont éprouvé une inquiétude mêlée d'effroi. Une·:telle audace leur a fait perdre la tête. - C'est du socialisme tout pur, aura gémi M. Spuller. D'où les , démarches inconsidérées auxquelles il s'est livré et qui rendent maintenant notre situation bien difficile. Il est certain, en effet, qu'aussitôt informé de la déchéance de la Compagnie, il a demandé des explications au gouyernement de Belgrade. Il en a fait l'ayeu a la tribune de la Chambre. Les diplomates des pays réellement atteints en même temps que la Compagnie, ont dû enregistrer cet aveu avec une satisfaction sans mélange. Il leur servira de point de départ pour une inten·ention ultérieure en Serbie; et lorsque le gouvernement français, reyeirn de son ahurissement, c.omprendra qu'il faut sauyegarùer l'indépendance de ce pays, il sera trop tard : aux objections de la France, ils opposeront nos propres démarches, Que répondra M. Spuller, à cet argument ad homir.em? Cette affaire des chemins de fer serbes est de tous points désastreuse : elle nous fait jouer un rôle à la fois odieux et ridicule en Europe; odieux, puisque c'est par nous les premiers qu'aura été proclamé le droit d'intenenir chez un peuple libre pour le remettre sous le joug de financiers do:µt il a cru deYoir s'affranchir; ridicule, puisque cette interyention aura pour conséquence de rétablir chez ce peuple l'influence austro-allemande et d'y faire éYincer l'influence française... • Si du moins la leçon qui se dégage cle ces incidents pouvait être mise a profit par nos hommes d'Etat! - il n'y aurait que demi-mal... S'ils pouvaient -'comprendre que, pour ne pas se retrouYer a l'avenir exposé aux mèmes bénies, le gom·ernement de la République a le deYoir urgent de surYeiller et réprimer Yigoureusement les agissements de la finance française a l'étranger! La France a un ressort de vitalité économique admirable qui devrait être le levier de sa puissance civilisatrice dans le monde. Et cependant, notre influence s'amoindrit, recule partout devant celle de la race Saxonne, Anglais et Allemands. Pourquoi? c'est que le gouvernement de ces peuples ne tolére pas que leurs financiers prêtent leur concours à des adversaires. Les financiers français, au contraire, sont à la tête d'entreprises anti-françaises et drainent librement pour elles l'épargne populaire employée contre nous. C'est ainsi que M. de Lesseps nous a chassés de l'Égypte, où il a introduit les Anglais. Bontoux et la bande Hentsch ont liné les Balkans a l'Autriche et a l'Allemagne; pendant que Rotschildt, Soubeyran et Erlanger refaisaient les finances italiennes, construisaient les lignes stratégiques de la péninsule et lui procuraient les moyens

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