LE DROIT DES MINORITÉS ÉLECTORALES 709 rables que fussent pour elle les circonstances, ne parviendrait jamais à faire réussir tous ses candidats. En sorte qu'un citoyen, serait -il nommé dans 80 départements, le Parlement, aussitôt son option constatée -· et elle pourrait l'être dans les vingt quatre heures - se retrouverait au grand complet, sans qu'il fùt besoin de· remettre en mouvement le co1·psélectoral. L'opération passerait, pour ainsi tlire, inaperçue. Enfin aucune personnalité, si populaire qu'elle fût, ne se1·ait désormais capable de conduire a-rec elle, dans le Parlement, les canclidats qu'elle Youdrait couuir de son patronage. Les listes, eu effet, auxquelles elle pourrait apporter, a-rec son nom, ses quelques milliet·s de Yoix suffisantes aujourfl'hui pour acquérir toutes la représentation d'un département, n'obtiendraient plus que leue part proportionnelle clc siéges et ne sauraient empêcher les fortes minorités qui, aYoc le s;rstéme actuel, sont YOuéesà l'éceascment et au silence, d'obtenil·, elles aussi, la 1·eprésentation légitime de leur idée et de lelll's -rolontés. III Je yeux aborder maintenant l'examen des quelques rares objections qui ont toujours, jusqu'ici, serYi de prétexte à des majorités parlementaires intolérantes, pour 1·efuserde reconnaître les droits imprescriptibles des minorités. Il me sera facile de montrer combien elles sont spécieuses et -raines. C'est ainsi que j'entends journellement dire autour de moi: « La représentation des minorités! mais elle existe! Est-ce que toutes les opinions réellement importantes, entre lesquelles se partagent les électeurs, ne se trouvent pas cffecti-rement si non proportionnelle- . ment représentées au Parlement? Quelle est l'opinion en minorité dans le p&,ys,qui n'ait pas toujours rencontré quelques colléges électoraux où ses candidats ont triomphé?» -- Je répondrai d'abord que, si le fait est matériellement exact en matière législatirn, il ne l'est pas du tout en matièee municipale. Nos funestes méthodes électorales liHent là, pour quatre ans, le contrôle et la direction des affaires publiques, a une seule opinion, a un seul parti. Pendant quatre an~, les yaincus municipaux sont annulés, mis dans l'impossibilité de faice entendre la.moindre réclamation sur les choses qui les touchent de plus prés, voirie, travaux publics, écoles, etc. L'omnipotence de la majorité est ici sans contrepoids. C'est l'idéale fiôraison du vœ victis, l'écrasement de la moitié des électeurs par l'autre, la haine et la discorde entretenues parmi les populations. C'est l'ensemencement des guerres civiles de l'avenir! Mais, même en matiére législative, si l'on reconnaît qu'il est juste et qu'il est bon que les minorités soient représentées, est-ce qu'on a le droit de s'en remettre, pour cela, aux hasards imprévus de cer-
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