La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

626 LA R"EVUE SOCIALISTE REVUEDESLlVRES ---( ~o.,)>---- Histoire de la Coopération à Nîmes el son influence sur le mo1wement coopératif en France, par DE BoYVE. Paris, Guillaumin, éditeur, prix 2 fr. Le sympathique et infatigable présid()nt de l'Abeille Nimoise nous donne dans cc volume un intéressant exposé historique de la coopération à Nîmes et des priucipaux établissements coopératifs en France. M. de Boyvc a rendu d'inappréciables sel'vices à la coopération en prenant l'initiative (couronnée de succès) des congl'ès français dt3la coopération et de la fédél'ation coopérative internationale. Le récit documenté de ces tentatives est on ne peut plus instructif. M. de Uoy\·e a un autre mérite, c'est de voil', comme l'éminent économiste réformiste Gide, dans la coopération, un moyen socialiste et non pas seulement l'avantage commercial de quelques groupes fermés. Il fait siennes ces paroles du directeur de la Reuue d'économie politique qu'il cite et que nous reproduisons avec empressement, professant notre sympathie pour la coopération ainsi entendue : « Si la coopération n'avait d'autre but ni d'autre avenit· que de créer quelques boutiques ù'épiceries perfectionnées ou quelque mécanisme d'épargne plus ou moins ingénieux, je vous prie de croire qu'elle n'aurait pas rallié dans une méme foi et dans une commune espérance des millions d'hommes de tous pays et de toutes langues : Anglais, Italiens, Allemanrls, Américains ou méme Russes; témoin ce russe de Kharkof, Nicolas Ballini, qui écrivait aux coopérateurs français réunis à Tours, cet automne, dans une lettre que je lus pour lui dans un ::iuditoire ému jus 1u'aux larmes : « Je suis heureux de penser que Français ou Russes nous voyons dans la coopération le mème idéal, de méme que je suis heureux de penser, que quand je reg.3.rde une étoile mon frère de loin la regarde aussi! » Une étoile c'est le mot; non point une boutique, mais une étoile vers laquelle des millions d'hommes ont levé les yeux pour chel'Cher le mot de l'énigme sociale, et qui, si el le n'a pas encore révélé son secret, a du moins fait descendre d'en haut dans plus d'un cc.cm ulcéré, cc rayon d'or qui s'appelle l'espérance! « ... Si je chet·che à me représenter l'organisation de la société future,dans la mesure toutefois où notre science à courte vue peut nous permettre de prévoit· l'avenir, elle m'apparnit sous l'aspect d'une multitude d'associations de toutes sortes et de toutes proportions, les unes immenses les autres petites - associations dans lesquelles les travailleurs toucheront l'intégralité du produit dü leur travail parce qu'ils possèderont leurs instruments <leproduction - associations qui supprimeront les intermédiaires, parce qu'elles échangeront leurs produits directement entre elles - associations qui ne mutileront pas l'individu, parce que l'initiative individuelle restera comme le ressort caché que fera mouvoi1· chacune d'elles, mais qui protègeront au contraire l'individu contre les hasards de la vie par la solidarité; - associations enfin qui, sans supprimer cette émulation qui est indispensable au progrès, atténueront la concurrence et la lutte en supprimant la plupart des causes du conflit qui mettent aujourd'hui les hommes aux prises. On ne remar<1ue pas asse1. en effet que toute fo1·mecoopérative n'est autre chose que la solution d'un conflit.

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