LE PROGRÈS PAR LA DOULEUR 547· Nos grandes assemblées de la RéYolution ne greffèrent point la lé::rislation moderne sur un vieil a1·bre féodal, le principe politique de la souYeraineté du peuple sur le principe clu droit rliYin; non, elles soutineent un duel à mort contre ce qui, étaut Yieux, de\'ait être aboli. Ce n'est qu'alors qu'on en eùt Îlni pour toujours ayec le principe de l'inégalité, que cos assemblées révolutionnaires, renouvelant radicalement la législation et les institutions françaises d'après le dogme dol'égalité rles d1'oits, posèL·entles principes juridiques et civils d'où tlécoula le code ciYil. De même aujourd'hui la Révolution étant plus évidemment sociale, il faut un domier duel moral et législatif pour substituer l'égalité au privilège dans la sphère économique; il faut conquérir, devant l'opinion du souverain, la superposition du principe de la pI'opriété collective des instruments de travail, au moins celle clu crédit social gratuit, celle de la réglementation de la production et de l'échange, au principe du monopole du sol et des capitaux, <lu crédit privé et usuraire, et de la concurrence -·ans bornes. Cen'est qu'alors que l'ancien principe sera nié,tlétruit ou ébranlé dam; l'opinion, sté,·ile dans sos applications; quo commencera la légi::;lationdu droit au t.ravail, l'organisation de la richesse, enfin, que se consommera l'unùé économique, en France,comme naguère s'accomplit l"unité civile et politique; le tout au profit du peuple entier sans distinction de maîtl'es, de patrons et de capitalistes, d'omriers ot de serviteurs, comme naguè1·e, sans distinction de noblesse et de tiers état. , Dès ce moment, le souverain bàtira à neuf, et tout ira de soi: jusque-la vous ne rebadigeonnerez mème pas la grande ruine féodale à l'aide de vos expédients transitoires. Mais, encore une fois, souvenez-vous du sort de tant de nations illustres: Rome, la Grèce, l'Egypte, l'Assyrie ... P1·enezgarde que la civilisation n'aille planter son étendard sur le sommet du Kremlin; qu'elle ne donne son baptême de prédilection à l'innombrable mce des Slaves ! Prenez garde! l'immortalité n'est promise qu'aux nationalités qui militent pour le progrès, pour la liberté, l'égalité et la fraternité uniYerselle. Or, la France est arrivée à ce moment solennel et formidable où la question pour elle se pose en ces termes : être, ou n'être plus; la mort ou la transformation radicale. Terrible épreuye : le progrès par la douleur ! !... CONSTANTIN PECQUEUR (Le Salut du Peuple, 1849).
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