La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE PHOGRÈS l'AH LA DOULEUR 543 La fatalité nous l'impose, ce redoutable moyen transitoire, en attendant que la sagesse de chacun et tle tous .r supplée par des concessions opportunes, par le respect des droits imprescriptibles de nos semblables. Si le passé, pom· s'allégei· successivement des iniquités amassées par les siècles; pour se déliHer des liens où l'étreignaient les droits mmrpès, avait atte)l(lu la clécom·el'te et l'application de moyens transitoires a~•ant la Yel'tu rie conciliei· le bien et le mal, nous en serions encore au régime des castes ou de l'anthropophagie. Après s'êt1·e ayancée douloui-eusement, cherchant, tàtonnant, éprouyant tou,c;les 1·emè<les,elle a YU qu'il n'y avait qu'un moyen héroïque qui pût la saurnr· de la mort, et ce moyen ça toujours été la nép:ation radicale et bl'nsque ,les dt·oits indûment acquis jusque-la: ce que de nos jours on appelle la banqueroute universelle. En effet, les liquiclations des sociétés aux époques de 1·éyolution ou de transformation ont toujours été des banqueroutes. Ce n'est pas nous qui l"afflrmons, c'est l'histoire, et par· là nous n'entendons point donner 1·aison à l'histoire, mais certifier l'exactitude tle ses récits. La banqueroute est l'issue naturelle, le résultat nécessaire de tout mouYement économique basé sul' la licence ou le laisse1·- faire. C'est l'exutoire pai· où sortent à un jour donné toutes les humeur·s qui compromettent la Yie sociale. Je crains pour les optimistes <leterribles mécomptes: je youdeais contribuer à lesdissuadercl'nne fausse et dange1·euseséèurité.A moins d'unegeandeet subite effusion d'amour et de charité clans toutes les àmes,il n'y a point d'autre altematiYe :c'est un du1·etsanglant aplatissement, une immobilisation meurtrière, un retour au régime baebare, ou un saut de géant dans le grand chemin du progrès, au travers d'un ouragan révolutionnaire incomparable, qui nous attend, et qui demain peut nous surprendre au réveil. - A bientôt peutêt.re une mêlée, les ténèbres et le cahos de lo. fusion palingénésiaque où s'anéantissent. et disparaissent les Yieux droits, les vieilles institutions, et souvent aussi les Yieilles nationalités. Vous voulez la paix sociale, dites-vous? eh bien, le moyen est simple et certain : accordez, respectez la jwtice sociale, laquelle implique l'égalité des conditions. Ne perdez jamais de vue ces paroles, dont Voltaire est l'un des mille parrains : La ,·évolution est faite dans les esprits: elle se fem infailliblement, fatalement dans le.~institutions; seulement il faut juste le temps pour que les idées s'incarnent dans le sentiment, dans la volonté. Ne croyez pas que le prolétariat se ~ontente de moyens transitoires qui, en réalité, ne remédieraient à. rien. Pour être efficace, la transition doit se transformer en évolution, semer les germes qui

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