La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

44 LA REVUE SOCIALISTE petits enfants rient de vous. En prison, sous le fouet, sous la meule, stoïciens burlesques, vous répétez : « La douleur n'est pas un mal, la force ne peut rien contre le droit! >> Mais quel pouvoir, quelle idée n'a pas été édifié ou détruit par la Force? Citez un seul exemple tle culte ou de système abattus par la discussion ou par l'indifférence. L'histoire n'est que le long et monotone martyrologe du droit, Yictime de la trahison ou de la sottise. Etait-ce, oui ou non, le droit, ces tribuns dont le sang mouille le forum, et qui réclamaient pour le peuple une part des terres conquises au prix de son sang? L'aristocratie les assassine, et plutôt que de rendre justice a la plèbe, précipite la patrie aux pieds de César que va sui,-re le Christ. Le chacal suit le lion. N'était-ce pas le d1·oit et la vie, ce paisible Polythéisme, dernier asile des sciences et des arts, contre lequel se rue la horde des chrétiens? En vain, il oppose a la barbarie cinq siècles de civilisation et de gloire. Compelle inh·are, hurle la voix de bronze. Les temples sont rasés, les statues détruites, les lines brûlés. Etre philosophe ou penser aux dieux d'Eschyle et de Phi,lias, est le plus grand des crimes : le dernier supplice pour quiconque approche a plus de cent mètres des temples abattus. Le Christ ou la mort! Une écume d'esclaves ou d'ilotes, née du césarisme, comme la vermine de la corruption, se rallie a Constantin, le plus exécrable des empereurs, parce qu'elle trouve dans le baptême la rémission de tous les crimes. Morale, dignité, devoir, affection, patrie, tout est. immolé au leurre abrutissant des béatitudes célestes. Alors la nuit, la nuit partout éclairée de la lueur des bûchers, qui permet de lire au fronton ,les cathédrales le dantesque : Lasciate ogni sperartza, voi ch'intrate ! L'humanité crut périr. Elle se ranime pourtant après le fiasco de l'an mil. Pour la dixième fois, le Christ est convaincu de mensonge. Les yeux s'ouvrent, le doute fécond lèYe la tête. De toutes les parties de l'Europe s'élève un long murmure qu'on peut appeler le réveil des intelligences. Le libre examen est né. De hardis réformateurs apportent la lumière dans le sombre Pandémonium, discutent, enseignent, mettent en question dogmes, canons et mystères. C'en était fait de l'Église, si prenant pour sa part le glaive de Pierre et jetant en pâture a ses victimes, l'ironique : « Heureux ceux qui pleurent et ceux qui souffrent », elle n'eût anéanti le mouvement trop ignoré des douzième et treizième siècles. D'abord la calomnie, afin de tourner contre ses adyersaires leurs qualités même et leurs vertus. « Ce sont, disent les homélies papales, (< des loups qui prennent la peau de la brebis pour entrer dans la « bergerie, des anges de scélératesse, des fils de perversité travestis « en couleuvres séduisantes par le père du mensonge, etc., etc. » Après la calomnie, la répression : « Tout hérétique est brûlé. S'il se

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