La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE Tl\A:-i:iFOIDIISME ET u; SOCIALISME 417 par des modifications, clans les propriétés précédemment acquis(•s. Chaque croisement crée un monde nouveau, une forme spéciale, une espèce nouvelle qui procède, pa1· l'hérédité, des espèces qi.ü l'ont pl'ocluite et prépare la formation de genres ou de variétés, jusque-là inconnus. Si le mouvement de l'être est normal, c'est le progrès; s'il est anormal, c'est la régression. Quand un être ne peut trouver en lui-même, ou autou1· de lui, aucune combinaison transformatrice, il ne lui reste d'autre alte1·- native que de rétrograder et disparaître. On conYiemlra, sans peine, que la théorie tl'ansfot•miste s'appuie sur des raisons autrement solides t1ue toutes les histoires de créations spontanées, naturelles ou extra-naturelles, qu'on nous a présentées jusqu'ici. Devant l'ascension lente, graduée, toujours d'accot·d arnc la raison t1uenous attribuons à l'humanité, que deYiennent toutes les fables cosmogoniques passées et présentes, depuis les mythes poétiques de l'Inde antique, de l'Egypte et de la Grèce, ju:- qu'aux conceptions baroques des peuplades fétichistes de l'Afrique centrale ou de l'Océanie. Il y a cependant une remarque intére ·- sante à faire. Qu'on examine, par exemple, la création originale atti-ibuée à Deucalion et à Pyrrha,qui marchaient en jetant derrière eux des pierres aussitôt changées en créatul'es humaines des deux sexes, ou Lien la conception mosaïque de JéohYa, pétrissant un bonhomme en terre et l'animant en soufflant dessus; qu·on prenne n'importe quelle explication religieuse de la formation de l'homme, on trouve toujours un tour quelconque ùe prestidigitation , qui anime la matière et en opère la tl'ansformation. Du reste, que les mythes religieux soient considérés comme un vagabondage d'imaginations surexcitées, ou qu'on admette que certains thaumaturges ont connu la loi naturelle, mais l'ont enjolivée, à dessein, de circonstances meneilleuses, pour mieux frapper les esprits crédules des peuples enfants, les deux explicat.ions sont pa1·- faitement admissibles; mais ce qui n'est pas indifférent, c'est de remarquer que le processus transformiste se retrouye toujours, plus ou moins enyeloppé de mystères, dans toutes les suppositions cosmogoniques, comme s'il avait été pressenti par tous les inventeurs de religion, ou qu'il se fût perpétué par une suite d'initiations. Il reste encore la question de la création de la matière, lestemen tranchée par les théologiens de toute nature. Question que nous n'eutrep1·endrons pas de traiter, par la raison péremptoire que nous n'en sayons pas davantage sut' sa fol'mation que sur cette organisation spéciale qui lui donne le mouYement, c'est-à-dire la vie. Dans tout ce qui précède nous n'avons iHtseu, on le comprend, la prétention de prèsenter un ensemble complet, raisonne et scienti-

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