33G LA l\EVUE SOCIALISTE de tous les partis socialistes connus. :v.talgré l'état de siège, malgré les efforts d'une police immense toujours sur pied, toujours aux aguets, on n'a pas encore réussi à mettre h main sui· les fils de l'organisatioa socialiste. Elle étend ses mailles sur les faubourgs grouillants de Bel'iin, dans les maisons, dans les usines. Partout, à l'atelier, a11 cabaret, on se donne le mot d'ordre du groupe et Ju comité central, sous secret; on s'entretient des faits du jour: on se passe les écrits socialistes. On est d,;jà loin du catéchisme de Marx et des autres. Tous les ouvriers connaissent à fond les théories des apôtres du nouvel Evangile, et. sous ce rapport, la masse ouvrière allemande est bien plus avancée que celle des autres pays. En dehors, la propagande des idées socialistes se fait sans cesse. On lance souvent dans la population des proclamations, des appels, pour réveiller l'énergie, pour frappu les esprits. Depuis un an, les comités socialistes secrets ont ainsi 1·épandu, à quatre ou cinq reprises, d<:)simprimés par centaines de mille - à propos des changements de règne, par exemple - et dans lesquels l'Empire, !'Empereur, la noblesse, la bourgeoisie, les capitalistes, étaient livrés au ridicule et désignés aux attaques de ceux qui souffrent. Cette publièité se fait sous le nez de la police et avec une rapidité inouïe. C'est par les enfants et les femmes que la distribution !l'accomplit. Dans tous les qua1·tiers, èn une soirée, ces papiers révolutionnaires sont répandus partout, dans les maisons, dans les escaliers, dans les cafés, dans les omnibus. Les socialistes ont compris que, pour mener à bien leur travail de désagrégation, il ne suffisait pas d'être écouté à l'atelier et dans l'usine. Ils se sont attaqués, depuis un ce1tain nombre d'années, à la colonne de l'Empire, à l'armée, et, à l'inquiétude qui se révèle, on peut juger des vrogrès accomplis jusqu'à présent. La caserne aHemande est infestée; llls cons::1·its des grands centres arrivent au régiment imbus de toutes les théories révol11tionnaii-es apprises à l'usine, et le ré'gime militaire n'est pas fait pour les rendre meilleurs. En sortant de l'armée. il,, v1ml grossir, plus résolus et vlus animés que jamais, les rangs de leurs camara:!es. Chaque fils de socialiste sous les drapeaux reste un agent secret du parti de son père, et, mal).!ré la sun·eillance des chef~, c'est par lui que les idées socialistes s'infiltrent ,lans l'esprit de ses cama1·ades de chnmbrée. On a pu constater que le socialiste allemand devient de plus en plus aud •- cieux, le mouvement s'accentue. Depuis le nouveau règne, il semble que l'élément anarchiste gagne un t•!rrain sensible. On n'en est pas encore à l'action, au fait; mais cela ne tardera pas. Bebel, Liebknecht n'ont plus la même autorité qu'autl'efois sui· les masses; une partie est prête à les renier comme trop modérés, et peu s'en est fallu que Liebknecht ne füt considéré comme un traitre au parti pour avoir dernièrement déclaré au Reichstag que si la guerre éclatait, les socialistes feraient leur devoir. On veut encore, dans certaines sphères, se bercer d'illusions et se persuader que les lois sui· les assurances, sui· les accidenls, sur les retraites, etc., finil'Ont par donner un bon résultat, et maintiendront la classe ouvrière dans les limites d'un socialisme réfléchi, sans exclusion du respect ti-aditionnel pour le trône et l'Empire. Touchante erreur, les ouvriers de Berlin et d'ailleurs ne respectent plus rien, ni !'Empereur, ni le reste. Leur haine pour le pouvoi1·et pour les capitalistes n'a pas de bornes. Voilà pourquoi si, com!!le c'est prol,able, la grève générale anIJoncée éclate, nous aurons à Bedin, malgré la police et l'armée, le spectacle d'une formidable •
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