La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

336 LA REVUE SOCIALISTE parce que ce sont les riches qui payent et les om-riers qui se serYent du pont. Dans Neuchàtel, les raclicaux du granù conseil avaient établi l'impôt progressif; le ,·otc populaire, chose bien curieuse, l'a rejeté. D'autre pal't, i·écemment, les t'aclicaux, au pouYoir aussi <lans le canton de Vaud, y ont intro,luit une taxe sm" le capital si <lurement progressirn qu'il fera fuir, dit-on, toutes les personnes aisées, et cependant ils sont panenus a la fait'e app1·ouver par le peuple ... En somme, le re(erendum n'a pas justifié les objections qu'on lui ayait. adressées. Les électeurs, il est nai, sont très fréquemment appelés a voter, mais ils ne s'en sont pas lassés et leurs décisions n'ont pas été trop souvent contraires a l'intérêt général. Nul n 'afDrmera qu'elles aient toutes été les meilleures possible. On pent leur reprocher parfois cl'êti·e inspirées par un esprit un p0u l'lroit et tt·op parcimonieux; mais les assemblées lég:islatiYes sont-elles donc toujours des modèles d'intelligence politique, cle sagesse et ,10 préyoyance, et ne pèchc>nt-elles point partout pa1· leur facilité ù dépenser, a emprunte1· et a créer de nom·eaux impôts? Loin cl'exciter les passions réYolutionnaires, le referendum les calme, pane que la volonté de la majo1·ité se manifeste si clairement, qu'elle ôle a la minorité le droit et l'envie cle s'y oppose1·par la force. Et ,l'ailleurs, elle peut, grâce a la propagande, a la presse et aux discolll's, conve1·tir le peuple a ses idées et <leYeni1'à, son tour, majo1·ité. Le ,·eferendum pourra-t-il èfre a<lo1)téayec avantage <lans d'autL·espays'? La Suisse, il ne faut pas l'oublier·, se t.rourn en tles conditions exceptionnellement favorables a ce mode de gouvernement. Le pays est divisé en un grand nombre de petits i~tats autonomes où les Yotations sont bien plus faciles et moins redoutables que dans un grand pays. La compétence du pouvoir fédéral est très limitée: il a peu ,le lois et de règlements généraux a faire, et ainsi, le peuple suisse tout entier n'a que rarement l'occasion <l'émettre un vote. Dans les landgernez"ndes et dans les communes, le peuple suisse est habitué a se gouverner lui-même depuis le moyen üge. Le régime républicain y existe dès l'oriµ:ine et il est clen'nu complètement démocratique par une série <leréformes successives qui constituent, pour ainsi <lire, une é"rnlution naturelle. La distance entrn les différentes classes cle la société est moindre qu'ailleurs. Sauf dans quelques villes, comme Bùlc, Genèye et Zm·ich, il n'y a pas cle grandes fortunes et presque nulle part de paupérisme. L'égalité des coullitions est grande et c'est, comme l'ont montré les plus éminents politiques, Aristote et Montesquiou entre autees, une condition essentielle pour la marche régulière cle la démocratie. En outre, la Suisse, état neutre, placé sous la garantie de l'Europe, n'a pas à s'occuper de politique étl'angère. Il serait dangereux cle confier

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