La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

308 LA REVUE SOCIALISTE geante d'un système froidement calculé. Et, à cette occasion, nous riposterons avec Karl Mat·x. aux bourgeois oisifs qui conseillent l'épargne aux. ouvriers : « Tu me prêches constamment l'é.,-angile de l'épargne, de l'absti- « nence et de l'économie: fort bien! Je veux, en administrateur « sage et intelligent, économiser mon unique fortune, ma force de « travail et m'abstenil' de toute folle pl'odigalité. » Nous insistons davantage :mr les conséquences économiques de rexcès du travail, tel qu'il se pratique aujourd'hui en France. On a tant crié contre la conée de 1 ·ancien régime. Et cependant le surtravail fourni aujourd'hui par l'omTier au capitafo;te surpasse de beaucoup l'antique corvée, seulement cela ne paraît pas d'une manière aussi manifeste à celui qui ne veut pas réfléchir un peu. Ainsi par exemple, le paysan de l'ancien régime qui était obligé <letravailler tout au plus deux jours par semaine pour le seigneur, se trouvait dans une situation meilleure que le travailleur salarié d'aujourd'hui, parce que, si d'après la statistique, cinq heures de traYail, par jour, suffisent à l'ouvrier pour se procurer tout ce qui est nécessaire à son existence, en tl'availlant douze heures, il laisse sept heures de surti-ayail au patron ; c'est-à-dii·e sept heures de corvée journalière. Et. dire qu'il y a des hommes, qui tout en flétrissant rancien régime, s'indignent lorsqu'on leur parle des revendications ouvrières ; tant la raison humaine est stupide! Aujourd'hui plus le salarié travaille et plus il fait sa condition misérable, parce que, par le travail excessif, on arrive à la surproduction et celle-ci amène naturellement le chômage et la misère. Mais, disent les bourgeois, si l'on réduisait les heures la conséquence serait la réduction des salaires. Ceci est complètement faux., car là où l'on emploie deux om-riers qui font Yingt-quatre heures de travail par jour, on en emploiera trois si le maximum de travail est <lehuit heures, et pa1· conséquent il y am·a plus d'offre de traYail et moins de demande de la part des traYailleut·s. Il a été, d'ailleurs, constaté d'une façon tout a fait 1lécisive qu'en Angleterre où les ouYriers t.ravaillent 10 heures par jour seulement les salaires sont supérieurs de 20 a 30 010 aux salaires français. En France néanmoins, l'ounicr travaille 12 heures par jour et même davantage. Mais il ne faut pas croire que la réduction des heures de traYail sen1.tout au désayantage du patron; l'expérience nous a prouyé que le travail d'un ouvrier est. d'autant plus productifqu'il est tempéré pa1· le 1·cpos.En effet un. omTicr trayaillant régulièrement peut p1·oduire la même somme de ti·ayail en 10 qu'en 12 heures. En

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==