La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE DHOIT DE GRÈVE ET SES CONSÉQUENCES :W vailler, refus de faire travailler. La grève de l'ouvrier et la grève rlu patron. A priori, il paraît en effet, parfaitement naturel qu'un homme puisse dire : « Je ne veux pas traYailler », ou bien qu'un autre homme puisse dire également: « Je ne veux pas faire travailler•· Il y a là, d'un côté comme de l'autre,le droit de disposer librement de soi-même ou de son argent. La grève en ce cas, ne serait comme on l'a dit, qu'une conséquence lle la liberté individuelle et dériverait directement des principes de la Révolution. C'est si généralement admis, qu'on trouve ce thème dérnloppé, à peu près par tous les écrivains; non pas seulement chez ceux qui défendent des idées rlémocratiques avancées, mais aussi chez ceux qui professent le libéralisme le plus anodin. « La grève est un droit strict, dit-on de toutes part::;,un des droits du citoyen, imprnscriptible, inaliénable. - Je fais grève veut dire simplement: je garde mon travail, garde ton argent. - La liberté de travailler a pour corollaire, la liberté de ne pas travailler. » C'est exact. Mais, comme la réciproque s'impose et que le même droit d'abstention existe tout aussi complet pour l'entrepreneur, celui-ci le cas échéant et sans autre préambule, peut dire au travailleur: « je garde mon argent, garde ton travail. ,. - N'est-ce pas un contre sens, que ce droit qui, en cas de désaccord, ou même par le fait d'un simple caprice, autorise l'un des facteurs de production à rompre ainsi toute relation, et lui donne la latitude de forcer l'autre facteur a garder l'immobilité, qu'il s'impose à lui-même? Tout cela sans doute est légal; mais il ne suffit pas qu'une loi soit ini:;criteùans le code,pour qu'elle soit en même temps d'accord aYcc le bon sens, la morale et l'équité. - Dans la grève, il y a à considérer la moralité du fait, le milieu où ce fait se produit et enfin, ses conséquences: ce qui en résulte pour l'individu et ce qui en résulte pour la masse. Mais, pour établir solidement un jug-ement sur cette graYe question, il importe de préciser, tout <l'abord, les droits et les devoirs qui incombent à la société et à l'individu. II En demière analyse, la vie des sociétés est, au matériel, un mouvement ininterrompu de production et de consommation; au moral, un mouvement ininterrompu de l'esprit humain à la recherche ou mieux. - Le but, évidemment, n'est pai:;toujours atteint, au moral comme au matériel, et la marche de::;sociétés est souvent réo-ressiYe• 0 '

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