La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LES CONFLUENTS DU SOCIALISME conscience -..(1) et où toute souveraineté sera' dévolue a la sdence et a la justice. • In6luctable est le dilemme. Permis a ces conservateurs épuisés et dévoyés, que le clérical Drumont a lui-même si terriblement crayonnés, dans sa J,in d'un monde; permis a ces indolents convives des derniers festins de Balthazar de ne pas voir la main flamboyante qui déjà. trace, sur les parois dorés, la trilogie fatidique, de croire que la grandissante plainte des prolétaires sera toujours étouffée par des repressions périodiques; permis a eux de chanter le nunc est bibendum de l'impériale servitude romaine, quand il faudrait se lever, travailler et combattre pour réconcilier le passé, adoucir le présent et préparer l'avenir; ils ne savent pas, ils ne sentent pas (2). Mais une telle ignorance et un pareil aveuglement ne se pourraient comprendre chez les favorisés de la· science et de l'intelligence. Aussi égoïstement, aussi douillettement retirés u'ils soient, dans les fromages académiques ou officiels, ils ne peuvent pas croire, eux, que la crise actuelle, a la fois crise de fin de siècle (:3) et crise de fin de rains peuvent saigner et pleurer, il n'est pas préoccupé de si -peu. 11affecte de croire à un antagonisme irréductible entre une civilisation brillante et une civilisation juste. , Quel est le but de l'Humanité, se demande• t-il dans son , Histoire du peuple d'Israël! Est-ce l'obtention de certains buts abstraits, « objer.tifs comme on dit, exigeant des hécatombes d'individus sacrifiés? « Est-ce le bien-être des individus1 Chacun répond selon son tempérament « moral. • 1 Et cela suffit, 11 ajoute• t-il avec un détachement parfait. A. notre humble avis, le bien étre des individus et les brillantes réalisations de la science et de l'art, n'ont rien d'incompatible, au contraire, et le devoir est de travailler à l'avènement d'une civilisation ayant cette justice à sa base et cette gloire à son sommet. (1) Edouard de Hartmann : Philosophie de l'inconscient. (2) Tous les conservateurs ne méritent pas ce reproche. Il est parmi eux des âmes généreuses que le conflit économique contemporain épouvante, qui se jettent dans la mêlée, flétrissent éloquemment l'égoïsme bourgeois et la spoliation capitaliste; demandent plus de sécurité et plus de bien être pour les travailleurs. Mais elles mêlent à ce demi-socialisme économiqne, un conservatisme religieux et politique intraitables, opposant l'ancien dogme à la science, les traditions monarchistes à la Révolution. M. de Mun et ses amis n'arriveront pas, de la sorte, à l'âme du peuple, ea dépit d'une imparfaite, mais incontestable bonne volonté et d'un louable sentiment de justice ; le socialisme, en même temps que des cœurs généreux, veut des penseurs libres, capables de sacrifier à l'amour de la vérité, et sans crainte de l'inconnue qui doit apparaître. Leii· hoomes de l'Association catholique n'iront jamais jusquelà. Nous avons tenu néanmoins à noter leur bonne volonté qui contraste généreusement avec l'aveugle égoïsme, les pusillanimes incompréhensions et la coupable hostilité du conservatisme bourgeois, en général. (3) Les crises séculaires ne peuvent rien aToir de fatal, ne peuvent reposer sur aucune loi historique démontrée, sur aucune séledion rationnelle. Il faut convenir pourtant que les derniers siècles ont été marqu~s par un certain balsncement rythmique d'événements analogues, sans doute par pure coïncidence. D'Alembert, le premier, s'est arrêté sur ce fait,. en signalant que chaque

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