La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

264 LA HEVtJE SOCIALISTE abbeyesse. Panurge pour le faire chanter sonna une cloche qui pcnclait au-,lessus de sa cage, mais éyesgaux « plus fort 1·onf1ait,point ne chantait. » « Par Dieu, dist Panurge, yieille buze, par moyen autre bien « <.;hanterje yous feray. Adonques print une grosse pierre, la you- « lant férir par la moitié (1). Mais ..1Editue s'écria, <lisant : - « nomme de bien, frappe, féris, tue et meurtris tous rois et princes « du monde, en ti·ahison, par yen in ou autrement, quand tu You<lras; « déniche des lieux les anges; de tout auras partlon du Papegau; « à ces sacrez oiseaux ne touche, d'autant qu'aymcs la YÎC,le 1wofit, << le bien tant de toy que de tes pai·cns et amis ~-ifset tt·espassez; « cncorcs ceux qui cl'cux après naistroient en se1'0Îcnt infol"ttmez ! « Consirlèrc bien cc bassin! << - 1'.Iieuxdoncques niut, rlit Panurge, boire rl'autant et ban- « quetcr. « - 11 ,lit bien, monsiem· Antit.us, dist frère Jean: ey Yoyant ces « diables rl'oiscaux, ne faisons que blasph~mer; Yuiclant yos bon- « LeiIles et pots ne faisons que Dieu Jouet·. Allons donc, boit·e rl'an- « tant o le beau mot ! )) C'est sur cette boutade que !--eterminent a peu près les chapitl'es del' Isle Sonnante. Si nous ajoutons aux.passages capitaux que nous yenons de signaler mille épigrammes, mille traits jetés ça et la cle tous côtés et chaque fois que l'occasion s'en présente <lans l'épopée pantagruéline, nous pourrons comprenrlre l'effet imrnen::;eque produisirent. cle semblables sal'casmes; nous comprernlrons les furem's qu'ils souleYè1·entparmi ceux que l'autc:~m·appelle les papimanes que l'on appela vlus tard les ultramontains et que nous appelons de nos jours les intransigeants clu catholicisme. Kous cleYonsfaire remar4.uer, ainsi que nous l'ayons Mjà laiss:1 supposer, que Rabelais en attaquant l'église catholique n'a appol"l& à la Réforme qu'un secours inYolontaire. S'il a clespal'oles de compassion pour les hé1·étiques, c'est parce que ces de1'niers subissaient des persécutions et non pas parce qu'il partageait leur <loct1·ine. l\Iaist.re François aYait imp cl'es1wit.pour se 111eti1·e n campagne <lans le simple Lui de se clo11J1<le't·plaisi1· <le change1· <le fanat.isnw. Il (•tait certes aussi éloigné des Démoniacles Calvin (2) que cles Papimm1es. Ceux qui ont pensé le conti·aire ne le connais::;aient guè1·e. Aussi, catholiques ci réfonnés s'unirent-ils dans un touchant accol'<l pour le com-rir cl'injures. On l'attaqua <letoutes les rnaniéres, clans sa vie p1·iyée, dans sa Yie publique et dans son œuvrc. Ou lui repro- (1) Par le milieu du corps. (2) Liv. 1v, ch. 32.

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