La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

ANTHOLOGIE SOCIALTSTE Sous ces vofrtes on souffre, et l'air semble un toxique; L'a;-eugle en tàtonnant donne à boire au phthisique; L'eau coule à longs rui.-seaux. Presque enfant à vingt ans, déjà ùeillard à trente, Le vieillard chaque jour sent la mort pénétrante S'infiltrer dans ses os. Jamais de feu; la pluie innonde la lucarne; L'œil en ces souterrains où le malheur s'acharne Sur Y0usô travailleurs, Près du rouet qui tourne et du fil qu'on dévide, Voit des larmes errer dans la lueur livide Du soupirail en pleurs. Misère! l'homme songe en regardant la femme. Le père autour de lui, sentant l'angoisse infàme Etreindre la vertu, Voit sa fille rentrer sinistre sous la porte, Et n'ose, l'œil fixé sur le pain qu'elle apporte, Lui dire : d'où viens-tu? Là dort le dèsespoir sous son haillon sordide; Là, l'aYril de la vie, ailleurs tiède et splendide, Ressemble au sombre hiYer; La vierge, rose au jour, dans l'ombre est Yiolette; Là, rampent dans l'horreur la maigreur du squelette, La nudité du ver; Là, frissonnent plus bas que les égoûts clesrues, Familles de la vie et du jour disparues, Les groupes grelottants; Là, quand j'entrai, farouche aux Méduses pareille, Une petite fille à figure de vieille Me dit : J'ai dix-huit ans! Là, n'ayant plus de lit, la mère malheureuse Met ses petits enfants dans un trou qu'elle creuse, Tremblant comme l'oiseau; Hélas! ces innocents, aux regards de colombe, Trouvent en arrivant sur la terre une tombe En place d'un berceau! Caves de Lille! on meurt sous vos plafonds de pierre. J'ai vu, vu de mes yeux pleurant sous ma paupière; Râler l'aïeul flétri, La fille aux yeux hagards de ses cheveux vêtue, Et l'enfant spectre au sein de la mère statue! 0 Dante Alighieri! 225

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