LETTRE SOCIALISTE :215 mique. Le paune hait le riche, le riche méprise le paune, la haine est le produit de l'or et de la misère. N'écoutez pas les hommes sans foi qui Yont disant partout qu'il y a eu des pamTes et qu'il y en aul'a toujours, et qu'alo1·s c'est folie de vouloir· l'impossible. Montrez leur toutes les chose· tenues pou1· immuables et qui sont tombées, toutes les choses réputées impossibles et qui sont YCJrnes. Riches,ne dites pas: ces idées-là regardent seulement les paun•es, nous n'en ayon:; que l'ai1·e, non:; autt-es; eneur, tons nous ayons besoin cle tous, pom· le bouheur <lu1·iche il faut celui de tous. Nul homme ne peut. se sousti·ait·e à l'immense solidarité des êtres. A l'hem·e où j'écris, le8 nuages s'amoncellent sut· Î'hol'izon politique, il semble que, 1wèsde leur agonie, lei; vieux en1pil'es aient un 1·egain de férocité; ùe tous les côtés on entend des bntils crarnwments. Plus que jamais les sociali~tes <loivent:;cp1·épa1·craux luttes suprêmes; je ne le cache pas, l'hem·c est sombl'e, que \'a-t-il 1·ésul~ ter de cette crise? Chose poignant.e que cPt instant d'agonie <l'unvieux monde qui doit-être en même temps l';-wènement rlumonde nouyeau. Mais si une chose peut nous i·assurer c'est c1uel'idée socialiste fait son chemin; comme un air suùtil, el le p(•nèt1·e to11t, i(lérs, rnœurs, lois, littfrature. Ounez n'impo1te c1uel liwe, lisez n'impoi-tc quel roman, \'O,\"PZn'irnpo1·te quelle pièce ùe tbéàti-e, pal'lout vous Yo,rcz Slll'git· l'idée :..;ocialiste.Elle regne pal'tout et :-1111· Lous, ceux-là même qui la c1·aignent en fout de:,; couti-efaçons. Bis111ai·ckn'a-t-il pas son socialisme d'Etat. L'idée notn·elle apparaît même 1wèsdu pl'êtrc qui lui aussi la déguise, mais sous la perl'uque 01·ihotloxc on aperçoit la meche réYolutionai1·e. C'est même pom· cette cau:..;eque la guene imminente demellJ·e en .'suspens, les <lesvotes sentent autour d'eux une force latente aYec laqut'lle il faut rléso1'Jl1ais compte1·. Un mystérieux tremblement agi te le globe comme le yen t agite les épis qui portent la moisson future. Quelque chose de grand monte derriè1·e l'horizon, uu monde inconnu se p1·épal'0et s'élabo1·e daus le mystél'ieux laboratoire de l'ayenil'. Quelles que soient nos idées, nous scnton:,; touR que c'est quelque chose de bon et de juste que nos descendants vont Yoir éclo1·é. Je ne me fais pas illusion :,;urle 1n·ogrèsde notre époque,j'ai montré ses hont~:::,je Yeux maintenant plaider un peu poul' lui. La grandeur de notre siède sera d'ayoir agité les problèmes sociaux.; le 1wemiee il a réclamé eu fayeur des dé:..;héritésle bonheui- p1·omis a tous les hommes; s'ii n'a pas réalisé ce qu'il youlait, il a rlu moins montré la route à süivre. Comme Jésus a Marie de Magdala la postérité pourra lui dire: Il te sera beaucoup pa1·donné, parce que tu as beaucoup aimé. Pa1·is, 23 décembre 1888. E. RENOULT, ..J. .
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