La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LETTRE SOCIALISTE 209 LETTRESOCIALISTE A Monsieur Benoît Malon, Directeur de la Revue socialiste. Cher citoyen, je vou!:ladresse ces quelques p9.ges destinées daus ma pensée aux âmes simples ignorant ce que sont et veulent les socialistes. J'ai tâché de. taire entrer un peu de ma foi dans l'âme des autres, ai-je réussi 1 E. R l. CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAll-lES. Ayant d'esquisser les traits de ce monstre que l'on nomme socialisme, je dois d'abord commencer par déclarer qu'à mon avis, une société arriYée à un certain terme n'a choix qu'entre deux partis : mourir de consomption ou se décider à renouveler son organisme social. 'A l'état où nous en sommes (je parle là pour les deux monùes) la fortune n'est plus que le privilège d'un petit nombre qui se réduit de plus en plus. Le monde tend de plus en plus à se diviser en cleux classes inégales, l'une, la moins nomb1·euse,détenant les capitaux, les outils et la terre, et par conséquent commandant et exploitant l'autre classe qui n'est plus alors qu'un outil vivant. Je tiens à le déclarer bien haut., je ne fais ici le procès de personne, je ne crie pas comme Jésus : malhem· aux riches; ce n'est pas les homm.es que j'accuse, riches ou pauvres nous sommes tous le jouet de notre organisation sociale. Je ne suis pas non plus de ces esprits chagrins qui Yo1ltcriant partout que le monde va <le mal en pis; au contraire, plus que tout autre je crois au progrès, c'est précisément pour cela que nous autres socialistes nous convions tous les hommes de bonne Yolonté à venir étudier avec nous le redoutable problème de la misère qui se pose, Sphinx redoutable, au seuil de cet effrayant xx• siècle. Il se trouve parmi nous beaucoup d'àmes simples qui, ignorant les causes de leur misère, en cherchent la fin dans des violences aveugles, nous ne les approuvons pas, mais nous ne pouvons les condamner, car si les problèmes sociaux avaient été étudiés plus sérieusement, le peuple saurait où ma1·cher pour trouyer la Yoiede son affranchissement économique. . Al'heure desrévoltes, à nous, les adeptes du socialisme scientifique,

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