BLANQUI SOCIALISTE 159 près de défaillir, se sont écriés, ayec le stoïcisme du soklat sur le champ rle bataille. C'uprésence clel'ennemi : Allons! « Au premier abot·d, Blanqui n'était pas sympathique, parce que la souffrance ne l'est pas toujolll's. Pour cela, il faut qu'elle ait de certaines formes et qu'elle soit marquée d'un certain cachet. On se sentait disposé à lui obéir, mais l'on n'était point subitement porté a l'aimer. Il n'attirait pas, il dominait. C'est le propre des fortes natures morales et des Yigoureux tempéraments physiques. Blanqui remplaçait la Yi1·ilitéextérieure qui lui manquait par une vü·ilité d'àme, toute puissante dans certaines occasions. J'ai dit que rien ne trahissait en lui le conspirateur; j'aurais pu ajouter qu'il ayait les apparences tlu fanatisme, si je n'ayais craint de l'injul'ie1· en lui supposant l'étoffe d'un fanatique. Jacques Clément était un esprit étroit; Rantillac était un crétin. Le fanatisme ne peut germer et éclore que sous des fronts déprimés. J'ai dit encore que rien, dans l'extérieur de Blanqui, ne dénotait l'orateur, et cependant sa puissance comme oratem· était. immense; sa voix stridente, aiguë, sifflante, métallique et voilée cependant comme le bt·uit d'un tam-tam, communiquait la fièvre a ceux qui l'écoutaient. Son éloquence, nom'rie - non pas aux sources les plus pures, mais aux sources les plus ardentes et les plus généreuses- avait un caractè1·e sam·age et dos notes àpres, inharmonieuses, qui agaçaient les oreilles et tordaient le cœur comme l'eussent fait des tenailles. Elle était froide comme la lame d'une épée, incisive et dangereuse comme elle; et cependant cetto éloquence réchauffait les sombres enthousiasmes qui recueillaient avidement sa parole. « Les Taborites et les Hussites l'eussent placé dans leur adoration an-dessus de Jean Ziska et de Procope le Grand. Mais l'énergie de ses discours, la Yirulence de ses motions, toujours frénétiquement applaudies, étaient secondées encore par une certaine habileté, par une sorte de souplesse rusée qui témoignait que cette homme ne se laissait pas toujours emporter par son imagination et par la furia de son esprit, mais, qu'au contraire, il les maîtrisait l'une et l'autre, au souffle seul de sa volonté. Il se possédait complètement et no livrait de sa personne et de ses émotions que ce qu'il voulait : rien de plus rien de moins. La nature lui avait refusé la spontanéité, bien qu'elle lui eût accordé la fougue. Encore y avait-il dans cette fougue quelque chose qui sentait le travail. Cecia les apparences d'un paradoxe, et c'est pour cela que c'est vrai. Blanqui faisait de l'enthousiasme a froid; il ne disait que ce qu'il lui importait de dire pour produire son effet. Son esprit était une mathématique : il n'opérait que sur des nombres concrets, comme l'histoire, comme l'humanité du reste. C'est l'éloge de sa force.que je fais la; c'est le secret de sa puissance que je livre. Je me résume : l'éloquence et le~cara.ctère de
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