Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

DE P.-J. PROUDHON. Paris, 2.2 janvier 1848. A M. MAURICE Mon cher Maurice, le but de la présente est princi- palement de vous faire part de la mort de ma mère, arrivée à Brugille, le 17 décembre dernier. La pauvre vieille est morte sans agonie, sans douleur , comme mon père, usée par l'âge, les peines, le travail, l'ennui. Dans ses derniers jours, elle était presque continuelle- ment dans une rêverie ou léthargie qui l'enlevait aux choses de ce monde; c'était comme un apprentissage de la mort. Enfin me voilà seul, passablement désaffec- tionné, désillusionné, dégoûté. Cependant j'ai beau me dire, depuis què j'ai quitté Lyon, que je n'ai plus ni famille, ni domicile, ni état, ni position, je ne peux pas croire à ce complet dénûment, je ne m'habitue pas à cette idée que personne ne s'occupe plus de moi, que je n'ai plus cette vieille mère ... Je travaille ·comme un diable, je suis dans une sécu- rité profonde, je poursuis mon but avec une résolution, un acharnement incroyables; je ne transige sur rien, je ne renonce à rien.Je connais les hommes, j'apprécie par- faitement les choses, ma solitude, ma poigne; et pourtant, avec tout cela, et sans me repaître de fausses espérances, Biblioteca Gino Bianco

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