Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

DE P.-J. PROUDHON. 243 n'ai pas d'autre poétique.Je co11sidèreque les langues, comme les sociétés, se modifient sans cesse ; c_'estun organisme dans lequel il entre continuellement de nou- veaux matériaux pendant que d'autres en sortent; vou- loir les arrèLer à un point quelconque de leur vie, sous prétexte de pureté~ c'est arràter l'esprit lui-n1ême, c'est im1nobiliser la S')CÏ'été. De tout temps, les puristes · furent les plus pauvres des penseurs, les plus miséra- bles des écrivains. J 'ad1nets volontiers que la langue de Pascal suffirait pour rendre ce que nous pensons dans l'idiôme des novateurs n1odernes; mais cela n'au- rait plus le mên1e à-propos, la 1nê1nevigueur, le mème caractère d'actualité. La langue de Pascal a exprimé tout ce qu'elle pouvait dire; il y a peu de philosophie, il y a de la petitesse à faire ainsi la guerre au néolo- g1:srno. Je serais heureux, je serais fier, Madame, d'obLenir le suffrage d'une raison aussi saine que la vôtre, et c'os l pour cela que je voudrais profiter de l'ain1able invita- tion que vous me faites d'aller causer avec vous. Mais je sens, d'un autre côté, qu'une fois la dispute entamée je ne vous ferais de concession sur rien; que l 'intolé- rance de mes jugements éclaterait avec vous comme avec M. Blanqui ou le père Cabot; qu'au lieu d'un visi- teur agréable vous n'auriez plus qu'un disputeur fati- gant. Votre éducation, vos hab_itucles, tout enfin vous sépare d'un ho1nme qui n'a pour lui qu'une immense colère, et pour qui études, phi10s9phie, économie poli- tique, beaux-arts, sont des instruments de conspira- tion. Nous rapprocher un instant pour ne plus nous voir ensuite serait aussi peu digne de run que de l'autre : curiosité de votre part, vanité de la mienne; en iln de compte, dégoût récjproque et mésestime. Pour BibliotecaGino Bianco

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