Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875
240 CORRESPONDANCE P.ourtant il~suivait, sans s'en douter, le même prin- cipe qui devait conduire un de ses fils à cette proposi- tion étrange: La propriété, c'es.tle 'Dol! C'était un grand cœur assurément que cet artisan qui eut le courage pendant trente ans de fermer sa porte à la fortune; je dirai de plus que c'était une pure intelligence que celle qui ne put jamais concevoir la nécessité de l'inégalité. • Or, est-ce que la postérité se souviendra du nom de • mon père? Laissons donc, Madame, votre Beccaria. La célébrité donnée à ce déclamateur est une injustice à la mémoire d'un million d'hommes qui ont valu autant que lui, et qui pour toute récompense ont trouvé le néant. Becca- ria, ému comme toutes les âmes généreuses de son temps, de l'abus des supplices et de l'atrocité de la tor- ture, rédigea, tant bien que mal, la protestation qui était dans tous les cœurs. Mais, comme philosophe, il reste fort au- dessous de la tâche; il ne conçut point la théorie de la peine, et s'arrêta dans une philanthropie doucereuse, aussi éloignée de la vérité que le commu- nisme l'est do l'organisation. Le nom de Beccaria est resté en vénération parmi les criminalistes. C'est justement pour cela que je voudrais abattre cette idole. Avec Beccaria, la philosophie s'est arrêtée dans l'intelligence du délit et de la peine; le jour où ~es recherches recommenceront, Beccaria ne sera pl us rien. Ceci vous fait pressentir, Madame, quelle sera ma réponse à u~1eautre de vos questions. "\Tousme deman- dez pourquoi ~es attaques acerbes, personnelles, inces- sautes, contre quiconque, dans le monde savant ou lettré jouit de quelque considération? D'abord: je ne crois pas que j 'attnque tout le monde, • Biblioteca Gino Bianco
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