Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875
OE P.-J. PROUDHON. 239 Paris, 2~ juillet 1817. A MADAME ***· Pardieu I Madame, vous l'avez trouvé tout du pre- mier coup. Je n'ai pas la bosse de la vénération, et si je forme un vœu, c'est de l'écraser sur le front de tous les mortels. Que n1e sert d'être affranchi de la crainte de Dieu, de l'autorité de l'Église et de faire la nique au père Lacordaire, si c'est pour retomber sous le joug des éclectiques, des économistes, des socialistes, des· lit- tératuristes, de toutes les coteries, enfin, qui se dispu- tent l'attention et 1'.argenl du public? Quand j'ai cessé d'adorer Jésus-Christ, pourquoi voulez-vous que je fasse· la politesse à George Sand, et que je couronne Beccaria? Beccaria, dites-vous, grand esprit, grand cœur I..... Madame, savez-vous quel était mon père? C'était un honnête brasseur, à qui l'on ne put jamais faire entrer dans la tête que pour gagner de l'argent il fallait vendre au-dessus du prix de revient. Il soutenait toujours que ce serait du bien mal acquis. « Ma bière, répétait-il toujours, me coûte tant, n1on salaire compris :.je ne puis la vendre plus ! >> Qu'arriva-t-il? Mon brave hon1n1e de père vécut pauvre, mourut pauvre, et laissa des enfants pauvres. Bibliotec Gino Bianco
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