Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875
CORRESPONDANCE prendre un peu de patience. J'ai une douzaine d'amis · {c'est beaucoup pour un homme) que je n'oublie jamais ni dans la bonne ni dans la mauvaise fortune, qui font partie essentielle de mon existence, et à qui je pense tout d'abord, dans tout ce que j'entreprends et quoique qu'il m'arrive; tu es toujours le premier de la liste. Mais toi, époux, père de famille, savant en us, et en ès, ne serais-tu point sujet au refroidissement? Y a-t-il encore quelque ch~se de commun entre le célibataire et l'homme n1arié? Parle, réponds-moi, rassure-moi; je te le de- mande, j'en ai besoin ... Tu verras sans doute, après m'avoir lu, que l'ouvrage <1ui paraît. en ce moment sous mon nom est le dernier de cette taille que je ferai, et que désormais il ne 1ne reste plus qu'à poursuivre l'application des lois géné- rales exposées dans mon livre, si tant est que ces lois soient exactes. A partir de ce jour; je rentre sérieuse- ment dans la vie active, dont je suis sorti, en 1840, par ma publicatioll du Dimanclte et de la Pro1n·iété. Ma période d'investigation pure est finie; une nouvelle carrière commence pour moi, et je saurai bientôt si je vaux réellement quelque chose, ou si je dois me rési- gner à boire, manger, travailler, flâner et mourir, comme les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millièmes de l'espèce humaine. - Comme homn1e d'affaires, avec les connaissances pratiques que j'ai acquises, et la petite réputation que je me suis faite, je puis me créer encore une existence confortable; j'aspire à quelque chose de mieux, et plus je compare mon individualité avec tant d'autres, plus il n1e semble que j'ai droit de prétendre à un plus-noble rôle; tu me diras là-dessus la vérité sans ménagement. Le moment est décisif; il s'agit pour moi de vie ou de mort n1orale. Biblioteca Gino Bianco
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