Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

220 CORRESPONDANCE est le dernier que je ferai de ma vie; désormais j'entre dans une autre voie. Je ne puis vous dire encore par correspondance quelles sont mes vues; il suffit que vous sachiez quant à présent que je ne peux plus me souffrir à Lyon; j'aimerais mieux être garde-champêtre à Cordiron que de vivre comme je vis. J'ai du commerce et de toutes les vilenies mercantiles par dessus la tête, et je ne respire qu'après le jour où je dirai adieu à la boutique. D'ailleurs je n'ai plus rien à y apprendre, et puisque mon étoile n'a pas permis -4ue je devinsse père de famille, je veux jouir de ma liberté. J'ai présentement assez de ressources en moi- n1ême . pour me donner l'agrément de transporter ailleurs mon domicile et de changer de n1étier. Au reste, chère mère, de même que 1non nouvel ouvrage devait être le dernier, de même l'effort que je veux faire à la suite pour prendre la position que j'ambitionne sera aussi le dernier. · Si j'échoue dans mon projet, j'en serai quitte pour me résigner à vivre modestement avec les appointe- ments d'un bon commis, et je peux aller, en m'en don- nant la peine, de 2 à 4,000 francs. Mais je crois que j'ai beaucoup mieux à faire en ce moment, et je n'aurai pas travaillé dix ans et vécu de privations pendant tout ce temps, en m'efforçant d'apprendre quelque chose~ pour m'enterrer tout vivant et sans protester dans m3s fonctions de commis. Je vous embrasse, chère mère. Votre fils respectueux et dévoué. P.-J. PROUDHON. Biblioteca Gino Bianco

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==