Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

DE P.-J. PROUDHON. 207 d'études dont il n10 tarde de voir l'ensemble eLde con- naître le dernier mot. Car enfin, vous ne travaillei pas à bâtons rompus, et ce que fai lu è.evous m'en est une preuve suffisante. Je ne suis pas toujours de votre avis, mais vous me donnez à réfléchir et m'apprenez toujours quelque chose. Dépêchez-vous donc de vous guérir et de compléter votre œuvre. Vos études m'inté- ressent autant que mes querelles avec les économistes; et quoique j'ai renoncé tout à fait à la philologie et à la littérature, la science des mots et des lettres a conservé par dessus tout le privilége de passionner ma curiosité. Il me tarde de causer avec vous, mon cher Ackermann, de tout cela. J'ai trouvé moyen de vous citer dans un gros livre d'Éco;nomie politique auquel je travaille et qui paraîtra bientôt. Ce sont vos Antony1nes qui m'ont fourni cette réminiscence. Pendant que vous dressez le catalogue des antonyn1ies du langag3, je fais le système des antinomies de la société, à peu près comme Kant avaiL fait la critique des antinomies de la raison. Vous voyez, mon cher malade, que nous sommes toujours l'un près de l'autre, alors que la divergence de nos études et la distance des lieux nous séparent. Vos Antonymes sont quelque chose dont je voudrais avoir eu l'idée, et que je referais si j'étais à votre place. J'ai perdu mon père il y a trois mois. Cet événement m'a fait renoncer tout à fait au séjour de Besançon; ma mère s'est retirée dans son village natal avec mon frère, qui y est établi, et, moyennant une petite pension alimentaire qué je fais à cette chère femme, je suis aussi libre que ' si je me trouvais absolument seul au monde et sans lien de famille, comme le grand-prêtre Melchisédec. Je ~e crois pas que je renonce désormais à cette façon de Biblioteca Gino Bianco •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==