Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

DE P.-J. PROUDHON. t99 priori, ne songeons point à notre tour, à endoctriner le peuple; ne tombons pas dans la contradiction de votre con1patriote Martin Luther, qui, après avoir renversé la théologie catholique, se mit aussitôt à grands ren- forts d'excommunications et d'anathèmes, à fonder une théologie protestante. Depuis trois siècles, l'Allemagne n'est occupée que de détruire le replâtrage de M. Luther; ne taillons pas au genre humain une nouvelle besogne par qe nouveaux gâchis. J'applaudis de tout 1non cœur à votre pensée de produire un jour toutes les opinions; faisons-nous une bonne et loyale polémique ; donnons au monde l'exemple d'une tolérance savante et pré- voyante, mais, parce que nous sommes à la tête du n1ouvement, ne nous faisons pas les chefs d'une nou- ' velle intolérance, ne nous posons pas en apôtres d'une nouvelle religion; cette religion fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueillons, encou- • rageons toutes les protestations ; flétrissons toutes les exclusions, tous les mysticismes; ne regardons jamais une question comme épuisée, et quand nous aurons usé jusqu'à notre dernier argument, recommençons s'il faut, avec l'éloquence et l'ironie. A cette condition, j'en-· trerai avec plaisir dans votre association, sinon, non! J'ai aussi à vous faire quelque observation sur ~e m'Ot de votre lettre : .Au 1noment de l'action. Peut-être conservez-vous encore l'opinion qu'aucune réforme n'est actuellement possible sans un coup de main, sans ce qu'on appelait jadis une révolution, et qui n'est tout bonnement qu'une secousse. Celte opinion, que je con- çois, que j'excuse, que je discuterais volontiers, l'ayant moi-même longtemps partagée, je vous avoue que mes dernières études m'en ont fait complétement revenir. ~e crois que nous n'avons pas besoin de cela pour réus- Biblioteca Gino Bianco

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