Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

DE P.-J. PROUDHON. fûtes compagnons. Je croyais que l'amour, la paternité aug1nentaient l'amitié chez les hommes; je m'aperçois aujourd'hui que ce n'~tait là qu'un paradoxe, une illu- sion. L'amour est donc aussi borné dans l'homme que l'intelligence ! Le moment où il nous semble que nous avons atteint l'un des sommets de la science est pré- cisément celui où nous découvrons que nous ne savons rien; et notre prétendue scjence est toujours plus étroite que n'était notre foi. Le moment où notre cœur semble s'ouvrir à d'infinies affections est justement celui où il se concentre et se glace. Si Oreste avait épousé Her- mione, de ce jour il eût oublié Pylade : cette amitié si fameuse ne subsistait qu'à une condition, celle d'un amour malheureux. Les communistes comprennent cela sans doute, et c'est pourquoi ils tenttnt tous plus ou moins à la communauté des femmes. Cette idée est contre nature, mais pour absurde assurén1ent elle ne l'est pas. Qu'en pensez-vous? La femme de Bergmann est singulièrement douce, n1odeste et avenante, telle enfin qu'il la lui fallait; la femme de Haag est une des plus aimables personnes que je connaisse; je la compare volontiers à Mme Cuvier. Son bon sens, son excellente raison font si vite oublier les désavantages de sa figure, ·qu'en vérité je ne pour- rais plus dire si elle est laide ou jolie. Quant à Tour- neux, je présume qu'il a épousé une demoiselle de qualité et qu'il offenserait sa délicatesse s'il lui présen- tait des amis roturiers et, qui pis est, socialistes. Ni 1noi, ni aucun de nos amis n'avons encore vu madame Tourneux. On dit que c'est une _jeunesse, et je sais qu'elle est grosse. Voilà tout . .l'espère, mon cher Ackermann, qu'avec votre esprit philosophique et toujours en mouvement vous resterez BibliotecaGino Bianco "

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