Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875
DE P.-J. PROUDHON. 101 ception de la loi sérielle, sans s'expliquer autrement; la plupart disent qu'ils ne me comprennent pas. Pour le surplus, les uns acceptent l'Économie poli- tique et la théorie des fonctions; d'autres sont ravis dè voir la religion sabrée, mais n'admettent' pas que la philosophie ne soit rien, et vice versa; ce qui est sûr, c'est que je suis pillé avec une rare impudence. Quinet a fait son cours de l'année dernière avec mon chapitre de la Religion, qu'il a allongé et travesti; un nommé Pecqueur, auteur de la République de Dieu, m'a em- prunté toutes ses idées sur l'organisation; tous les jours je vois des brochures auxquelles j'ai plus de part que les auteurs, et où l'on ne me cite pas. Les républi- cains me savent peu de gré de mes travaux, parce que je ne suis point partisan aveugle de la guerre, des for- tifications de Paris, et autres dadas révolutionnaires; les communistes, qui ne se figurent pas comment de deux principes contradictoires (propriété et commu- n~uté) on peut former une synthèse qui les absorbe et les transforme, me regardent presque comme un juste- milieu. Je suis dans la condition la plus malheureuse; il faut que faie raison contre tout le monde à la fois, sinon je suis perdu. Et ce qui achève de me déses- pérer, c'est, d'une part, le retard où se trouve le public français relativement aux études philosophiques; de l'autre, le monopole rétrograde et intolérant exercé par la coterie universitaire. Ces difficultés sont à peu près insurmontables. Tou- tefois, si je ne puis brusquement changer les hommes, je veux tâcher du moins, en me plaçant au centre de leurs préjugés, de les amener à mon point de vue, comme dans un panorama le machiniste change le spectacle en faisant tourner le spectateur. Je vais donc BibliotecaGino Bianco
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