Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

136 CORRESPONDANCE des masses de prolétaires jacobinisés, et qui ne parais- sent point aujourd'hui. Dieu veuille alors que la colère, la vengeance ne les porte pas à d'effroyables repré- ailles. Quand une chose doit s'accomplir, tout ce qu'on fait pour l'empêcher la sert. On a défendu par une loi les associations; qu'en est-il résulté? que la propagande se fait à la face du soleil, que les membres des sociétés se- crètes sont devenus les commis voyageurs d'une r~- forme qui aspire à embrasser le monde. On a fait les lois sur la prèsse ; vain espoir ! Comme il ne se passe rien aujourd'hni qui n'ait été dit et imprimé autrefois, on réimprime en totalité ou par extraits habilement com- binés les vieux auteurs, et l'on tue, à la barbe du par- quet, lois, traditions et institutions. Et ce que je vous dis, mon cher Maurice, n'est pas une description de rhétorj_cien; je connais personnellement à Lyon et dans la banlieue plus de deux cents de ces apôtres qui tous font la mission en travaillant. C'est un fanatisme plus éclairé et d'une espèce plus tenace qu'on n'en ait jamais vu. En 1838, il n'y avait pas à Lyon un seul socialiste; on m'affirme qu'ils sont aujourd'hui plus de dix mille. Des bibliothèques se forment au moyen de collectes; il y a même des réunions pour les femmes !... Tout cela, vous pouvez m'en croire, aboutira à quel- que chose, et le mouvement n'est pas près de se ralen- tir; il y a progrès, et progrès effrayant, au contraire. Si vous désirez savoir où vous en êtes et de quel côté va le monde, croyez-moi, ne le demandez pas aux gens du pouvoir. N'allez pas au sermon, n'en croyez pas les riches égoïstes, méprisez les proclamations, les pro- grammes et les bulletins, ne lisez pas les harangues académiques. Enquérez-vous de l'état de la propagande Biblioteca Gino Bianco

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