Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875
DE P.-J. PROUDHON. 13a maintenant seulement que l'esprit de 93 commence à s'infiltrer parmi le pèuple. Et, en effet, en 93 le peuple ne connaissait ni les Grecs, ni les Romains, il ne se fai- sait aucune idée de république, d'égalité, de libre exa- men ; plus tard, distrait par les guerres de l'Empire, il n'a eu le temps de réfléchir à rien. La Restauration est venue qui, aidée par les nobles et le clergé, a entretenu à merveille cette torpeur populaire. Depuis quelques années seulement, on peut le dire, le peuple se pose les questions que Voltaire, Rousseau, Mirabeau, etc., ont posées pour lui il y a soixante et quatre-vingts ans; et en se posant ces questions, il y répond aussitôt, d'abord en ce qui concerne les choses existantes, par une néga- tion, puis, en ce qui concerne les choses à venir, par le doute. Le peuple, en un mot, eet sûr de ce qu'il ne veut pas; il ne sait pas encore ce qu'il doit vouloir. Telle est la situation. Qui l'emportera, dans cette tendance contraire, du pouvoir ou du peuple? Evidemment il est impossible que la masse n'absorbe pas un jour, et le pouvoir, et tout ce qui s'oppose à elle ; mais comment, quand, à quel prix cela s'obtiendra-t-il, par quels combats de pensée ou de bras cette révolution s'accomplira-t-elle? Je crois qu'il est impossible de le prévoir. Un rien peut, dans dix ou quinze ans, ramener des jours cent fois plus affreux que ceux de 93; l'avénement au pouvoir a.'un seul homme peut conjurer·tous ces symptômes. Ce qui est singulier, - et ce qui rassure en même temps, - c'est que presque tout le monde aujourd'hui comprend plus ou moins cela; mais, par une fatalité étrange, le pouvoir_est emporté et la société avec lui. Qu'il arrive un mouvement favorable à l'esprit révolutionnaire, et l'on sera tout surpris de voir se lever sur tous les points Biblioteca Gino Bianco
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==