Correspondance de P.J. Proudhon - Vol. 2 - 1875

110 CORRESPONDANCE. Votre future joint à une instruction très-étendue une humeur douce et un esprit des plus fins. J'en con- clus qu'avec cela il faut qu'elle soit bien éprise de vous, pour n'avoir pas aperçu le côté faible de son fiancé. Car enfin, mon cher Ackermann, avouez que vous êtes un peu taquin, personnel, ponctuel comme un maître d'é- cole, parfois violent et absolu. Ah! mon ami, que vous aurez à faire pour être longtemps aimable et heureux! Croyez-vous donc qu'une femme, une maîtresse, une épouse, soit un ami ; que la loyauté, la probité la plus parfaite, des mœurs pures, l'amour du travail et de la gloire, les sentiments les plus généreux, puissent long- temps balancer auprès d'elle les petits défauts que nous, hommes, n'apercevons seulement pas? Ce qui m'in- quiète est que je vous vois enthousiaste et idolâtre de votre femme comme un jeune-premier. - Mais, impru- dent, qu'aurez-vous donc à lui offrir dans dix ans, dans trois mois, dans six semaines? Mais tout ceci n'est rien; et je ne suis qu'à mon commencement. • • • • • e O e O • • e • a • • O Malgré les contradictions grammaticales qui pullu- lent dans notre langue écrite, elle reste et restera fidèle à ses vieilles traditions, sous peine de se dénaturer et de périr. Vous aurez prouvé que notre orthographe pèche à chaque instant contre l'étymologie, l'anal~gie, la syntaxe, etc, ; tout le monde dira que vous avez rai- son, mais personne ne concluera à accepter vos chan- gements. Et si vous êtes étonné qu'en ce siècle nova- teur, si hardi en réformes, la réforme de l'orthographe soit seule repoussée, je vous en dirai, ou plutôt redirai la raison : c'est qu'une réforme qui implique destruc- tion de la chose à réformer, doit être repoussée, tant Biblioteca Gino Bianco

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==