Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

DE P.-J. PROUDHON. rollaires. Le peuple, en général, entre parfaitement dans toutes ces idées, à tel point que, loin d'ètre un système, elles semblent au contraire l'état ·nature! de la société. Comment se fait-il que la manifestation de la vérité soit si lente et si tardive ? J e ne crois pas à l 'indifférence ni religieuse ni poli- tique dans le peuple; aussi longtemps qu'il se dira : il faut un Dieu, il faut des lois, il ne sera pas indifférent; mais il règne une défiance hostile entre le peuple et le sacerdoce, entre les gouvernants et les gouvernés; la faute tout entière, l'histoire est là, est aux prètres, aux rois et aux nobles. J e ne crois point davantage à toutes ces impertinentes rèveries de jeunesse, maturité, décadence des nations; , je crois le peuple moins corrompu de nos jours que par le passé. Les causes de la grandeur et de la décadence des Romains, qu'ont si bien cru montrer et prouver les ~ossuet et les Montesquieu (je vous cite un exemple pris entre mille), je ne les vois pas dans la corruption infecte des moours du peuple. Mais je vois que des maitres pervers ont toujours cherché à détériorer leurs malheureux sujets. En leur criant qu'ils étaient plus méchants, égo:istes, impies, moins habiles dans· les sciences et les arts que·n'avaient été leurs pères, ils ont toujours cherché à les charger de leur propre infamie. Le peuple, à force de se l'entendre dire, finissait par le croire. Chacun se disaìt : puisque j'en ai la honte, j'en veux avoir le plaisir, et c'est ici qu'on peut faire une application générale de cette maxime que saint Paul ne disait que d'un vice : JJesperantesemetipsostradiderunt impudicitiaJ. Je ne finirai point sur ce chapitre, non plus que de vous exposer la série de toutes les idées paradoxales Biblioteca Gino Bianco

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