Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875
• CORRESPONDANCE des consolations. Qu'est-ce que de pareils aboiements te peuvent faire? As-tu vu M. Burnouf? Je voudrais savoir en quelques mots ton jugement sur la philosophie allemande, notamment sur celle de Schelling et Hegel, mais principalement sur Kant, que je lis tous les jours. Je me suis mis en téte de refaire une métaphysique; je t'en ai déjà parlé. Mais, comme là aussi je me sens tout à fait excentrique, j 'aurais besoin d'étre fortifié de que1ques opinions un peu har- dies, qui me donnassent courage. Je trouve Kant d·une sublimité qui m'effraie; j'ai peine à le suivre; cepen- dant je crois qu'il a pris un mauvais chemin, qu'il y en a un plus simple et plus court. Je ne voudrais point d'un éclectisme qui rassemblait tant bien que mal Kant et ses trois fameux continuateurs, mais je suis persuadé qu'un jour la philosophie, devenue science exacte, prouvera que ces quatre Allemands se sont approchés du vrai système des choses plus qu'on n'a faiL.Mais je pense en méme temps qu'il ne faut plus commencer la philosophie par de hautes abstractions, qu'il faut au contraire la finir par ces abstractions. Or, c'est à cher- cher la méthode métaphysique que je suis surtout occupé, sans m'inquiéter, du reste, d'aucune question particulière, certain qu'une fois la méthode trouvée tout s'en suivra aisément. C'est ainsi qu'avec un sys- tème de dix chiffres, méthodiquement .combinés, on s'est élevé à des calculs qui auparavant épouvantaient l'imagination, et que le plus subtil entendement ne pouvait faire. J'exclus de la m~taphysique la psychologie, la mo- rale, l'esthétique, en un mot toutes les sciences; selon moi, les matériaux de la métaphysique lui sont tlonnés par les autres sciences, en sorte que pour étre méta- Biblioteca Gino Bianco
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