Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

. • 2.18 CODESPONDA.N~E · Perdre six mois à prouver des choses plus claires que le jour, et dont l'ignorance fait pourtant seule tous les maux du genre huµiain, cela est bien fait pour dépiter un espritcurieux d'apprendre, et pour humilier notre or- gueil. Encore si l'on tenait compte d'un parei! sacrifice I Mais qu'espérer d'un peuple étourdi par un millier de 1neneurs et qui en est toujours à admirer celui qui parle le plus? Qu'attendre de journalistes dont les intérèts ne sont pas ceux de la. vérité; de politiques et de philosophes sans creur et sans génie? Je rentre à Besançon; je vais mettre ordre à mes affaires, m'occuper des moyens de vivre, et me préparer lentement à d'autres travaux, car désormais j e veux philosopl1er, étudier et imprimer pour moi et pour mes amis, n'attendant rien de per- sonne. J e recevrai avec plaisir tes observations et tes conseils; j'en sens tout le besoin : j'ai travaillé celte an~ée sans conversation, sans ètre jamais échauffé par une intelligence. J'ai vécu dans le vide; je crains bien que tu ne t'en aperçoives. Pour fuir l'inanité, je rechercherai clésormais la solitude. Le père Droz est parti depuis le 7 juin et ne ren- trera ~ Paris qu'après mon départ : je ne le reverrai plus. Cet homme est bon, honnète et plein de bienveil- lance pour moi; mais c'est bien l'esprit le plus anti- philosophique, le génie le moins scientifique qui fut jamais. Nous ne pouvons nous entendre. D'ailleurs. il désespère de moi; je le vois, jc le sais, il me le fait entendre assez clairement : il m'est trop pénible de vivre avec des gens qui ne ·me rendront jamais justice parce qu'ils ne comprendront jamais mes idées. L'ouvrage que je viens de terminer m'a fait naitre quelques idées. sur le style et l'art d'éocire. que j'ai dessein de mettre une fois en pratique : je commence Biblioteca Gino Bianco

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