Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

DE P.-J. PROUDHON. 21t qu'auparavant je clésire puhlier mon livre, ton argent pourra m'étre nécessaire. J'ai déjà écrit à un libraire qui n'a pas daigné me répondre. Les libraires en vogue sont de grands sei- gneurs qui méprisent singulièrement les auteurs incon- nus. Je vais m'adresser à un autre, qui sans doute ne me répondra pas ,davantage. Au reste, le ton que je prends avec ces messieurs est peu engageant ; mais j'aime mieux leur laisser des témoignages de fierté que de soumission. Je trouverai toujours quelque malheu- reux, peu en crédit, pour qui deux ou trois cents francs à gagner ne seront pas chose à dédaigner. Je pujs m'engager à prendre 200 exemplaires sur 500 que l'on tirerait; les frais d'impression étant ainsi payés par un placement fait d'avance, il me semble que les plus grandes difficultés sont levées. Je n'accepte pas la prophétie de martyre que tu me fais : tu juges trop mal de la rouerie du pouvoir, de l'ignorance du public et de la tyrannie exercée par les meneurs de l'opinion. Le premier a intérèt à laisser mourir la vérité; le second entend sans oomprendre et regarde sans voir ; les autres ne se soucient guère que leur charlatanisme soit dévoilé. Non, non, je ne serai ni martyrisé, ni inquiété, ni meme lu; l'Académie de Besançon continuera à penser que j'ai de l'originalité et de l'audace, mais que je suis homme à paradoxes; les plus sages me plaindront sincèrement de perdre si follement mes peines, et tout le monde à la fin me dira ~ Te voilà bien avancé, beau réformateur I Que dis-je ? je ne souffrirai pas le martyre? En est-il un plus douloureux que l'oppression des fourbes et des sots '/ Ah I si mon coour saigne quelquefois, e'est de voir mon zèle inutile et tous les efforts de ma raisOJ) Biblioteca Gino Bianco ·

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