Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875
, 100 CORRESPONDANCE tranquilliser sur mon compte, vous n'ètes point encore persuadé .. Non, mon cousin, je ne suis pas fou; je crois seule- ment que les circonstances où je me trouve ne ressem- blent point à celles où des hommes d'age et de grand jugement, que j 'aime et révère, ont pu vivre, et par conséquent qu'il leur est difficile d'apprécier ma posi- tion; et qu'ils pourraient avoir tort de me condamner lorsque je professe des opinions uii peu excentriques et contraires aux leurs. Je vous répéte.rai, quand je serai en face vous, que je n'ai guère vu ici que des gens déraisonnables parmi ceux qui devraient étre prud'hommes; que les plus jeunes ne ~ont pas toujours les moins sages, et que pour se tirer d'affaires tlans le monde actuel, il faut eertains talents et certaines complaisances que je n'ai pas. Je sais ce que je puis y p~rdre, et j'en fais le sacrifice; je vivrai de ce que je trouverai, j 'y suis résolu; je n'ignore pas que je passerai pour un petit esprit, et je m'en console; je m'attends mème à ne trouver à tout cela aucun dédommagement, et je me scns le courage de m'en pas.3er. Le seul avantage que j 'espère tirer de l'existence sera de la quitter sans regret; je suis déjà trop fatigué des hommes et des · choses pour que je m'attache à rien. J'ai quelques vérités à faire ·connaitre; je les proclamerai autant qu'il sera· en moi, malgré tout. Pourvu que j'accomplisse / cette tache, il ne me soucie de ce que je deviendrai. . J e vous embrasse, n1on cousin, I P .-J. PROUDHON. Biblioteca Gino Bianco
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