Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

, , . ... • DE P.-J. PROUDHON. t89 positions qui m'ont fait perdre le prix de l'Académie de Besançon. Cette fois je ne chanterai pas des gloria patri; ce sera un véritable tocsin. Pourtant je m'interdis toute rhétorique, toute hyper- bole, tout lieu commun : je compte, je suppute, je rai- sonne, j'examine, voilà tout. Et ce qui ne s'est jamais vu en philosophie, je crée une méthode d'investigation pour les problèmes sociaux et psychologiques comme les géomètres en créent pour les problèmes dés mathé- matiques. Je ne dis rien de trop, en annonçant que rien de pareil n'a été fait, jusqu'à ce jour, pour la forme et pour le fond. Malheureusement, ce qui m'aura couté bien du travail et bien des efforts de tete, n'est guère à la portée du vulgaire des lecteurs, qui aime mieux les diatribes de Lamennais et compagnie. On ne comprend plus en France que l'invective, la personnalité, l'in- jure; on s'abreuve de calomnie, de fiel et de satire : ce sont les formes de la pensée. Pour les gens qu'on ap- pelle lettrés, le cercle où ils se meuvent est si étroit et leur arrogance si haute, qu'il n'y a pas moyen de s'en- tendre avec eux. J e serais bien aise de recevoir quelque lettre de toi; si tu trouves une occasion, tache d'en profiter, je te prie, car je t'avoue qu'un port de lettre m'incommode. Dis-moi si tu t'habitues au professorat; comment to11 cours est gouté et comment tu vis avec tes confrères? J'ai cru voir dans ta dernière lettre une teinte de tris- tesse et de mécontentement. J e serais peiné que tu cusses des chagrins; car je pense souvent que tu peux faire beaucoup pour la science, et je sais combien les peines de l'àme tuent la pensée, quand elles ne l'e1n- pèchent pas de naitre. Parle-moi de toi et de tes espé- rances; je serais bien aise de savoir ce qui se passe Biblioteca Gino Bianco

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