Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

/ • I 188 CORRESPONDANCE ce calice qui me fait horreur et que toutcs les délices ne m'empècheraient pas d'avaler. Tu me demandes ce qu'ont pensé les Jouffroy et lei Droz de mon discours? Ils ne ront vu ni l'un ni l'autre. Je ne vais plus chez M. Jouffroy et je voudrais me dispenser d'aller chez M. Droz. L'air de ces maisons-là ne me convient pas. Je n'ai personne avec qui je puisse m'entretenir de mes études; personnel Si j'étais pro- fesseur en Sorbonne, dans six mois je serais un Dieu pour ce sot pays de France ; cela est aussi sur que je te l'écris : je ne suis rien, et avec toutes les mille bou- ches de la presse, i~ me sera impossible de faire com- prendre au peuple des choses plus claires quel'arithmé- tique. J e les dirai pourtant : j 'y perdrai la bienveillance de ceux qui se font mes protecteurs, j'en deviendrai moi-méme plus difficile et plus intraitable et mes douleurs en seront doublées. Que ne suis-je mort , enterré ! Car je ne pourrai jamais souhaiter de n'avoir pas plus de pensée qu'une huitre ou qu'un gros bour- geois. Plutòt la mort mille fois que la vie sans la réflexion I Je m'occupe ·c1ela rédaction d'un ouvrage qui ap- prochera, pour l'étendue, de tes poemes islandais. Je suis déj à presque au quart; j 'espère que la pub lication pourra avoir Ueu dans le courant de mai. Si je trouve un libraire, ce que je n'ose presque pas espérer, tu recevras_ des premiers ton exemplaire : si aucun éditeur ne se présente, j'imprimerai moi-meme par souscrip- tion, et, dans ce cas, je t'impose pour quatre exem- plaires à 1 fr. 50 = 6 francs. C'est une contribution forcée en faveur de la liberté et de l'égalité; il faut que tu t'y résignes. Le sujet de mon livre est le développement des pro- Biblioteca Gino Bianco

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