Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875

DE P.-J. 'PROUDHON. 187 Paris, 22 février tS.W. A M. BERGMANN Mon cher Bergmann, je t'é·cris dans l'amertume de , mon ame. Tu me demandes si je suis content? Ecoute. Tt1 m'a cru pauvre, l'année dernière; cette année, si tu viens à Paris, tu me verras indigent. J~ n'ai pour vivre qu'une pension de 1,500 francs : elle est toujours mangée d'avance pour un cinquième, et du reste les deux tiers sont emportés par mes créanciers et ma fa- mille. J'aurai 250 francs pour vivre du 20 mars pro- ~hain au 20 septembre. J'ai beau lire, écrire, étudier, je suis opprimé, consterné, flétri. Tantòt je regarde la Seine en passant sur les ponts; d'autre fois je songe à me faire voleur. Le sentiment de ma misère est tel que si demain j'arrivais à la fortune, le cauchemar qui me poursuit ne me quitterait de deux ans. J e ne travaille que pour recueillir des mépris et des malédictions; mon malheur veut qu'au lieu d'apprendre aux at1tres des choses qui les amusent et leur plaisent, je n'aurai ·que de tristes vérités à leur dire, qui me feront hair et bafouer. Je ne sais rien autre chose pourtant. Faut-il que je me taise? J e ne le puis : je suis entrainé ~ boire f Biblioteca Gino Bianco I \

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