Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875
DE P,-J. PROUDHON. gouvernement ne tiendra pas, prend de la consistance. C'est un pronostic très-fàcheux. Le frère Droz ne comprend toujours rien à mes af- faires, et pourtant il espère : on l'a averti dernière- n1ent de Besançon que je devenais fou. Il m'en a féli- cité, par la raison, a-t-il ajouté, que cela ne se dit que (run esprit supérieur. Malheureusement, cette raison est mauvaise par rapport à moi, et il est vrai que sur ccrtains passages de mes lettres on doi t trembler pour n1a téte. Hé ! Dieu de mon a.me, c"est que je m'apprète ù f aire trembler les autres. Bergmann m'a écrit; il goute mes idées et il m'en- courage. Que n'etes-vous riches tous deux t Que Fallot et votre Vernet ne sont-ils là l j 'oublierais mes nngoisses et peut-étre ferais-je quelque chose de pas- sable. Mais non, il faut que je tue, dans un duel à. outrance, l'inégalité et la propriété. Ou je m'aveugle, on elle ne b-è relèvera jamais du coup qui lui sera bientòt porté. Je remarque en moi un phénoniène psychologique rJarticulier et que je vous prie de vérifier sur vous- 1neme : le peu que j 'ai su de langues anciennes et vi- Yantes s'efface de mon esprit comme un songe; en 111emetemps, il me semble que la forme catégorique dc mes idées devient de plus en plus française, à tel })Oint que, si ce n'était la réflexion ~t ma propre expé- rience, je ne concevrais pas que l'on put parler autre- ment qu'en français. En rhétorique, je pensais mes nar- rations en latin; aujourd'hui je pense les auteurs latins et grecs que je lis, en français. Les mots français se concrètent pour ainsi dire dans mon entendement; les 1nots latins, grecs ou hébreux me semblen.t des hiéro- glyphes. Je suis désormais hors d'état d'apprendre ' , Biblioteca Gino Bianco I I '·
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