Correspondance de P. J. Proudhon - Vol. 1 - 1875
... I . \ • .. tBì ·'CORRESPONDANCE Pour mo.a.d11scours, je ne pourrai en remettre à toutes )es person .. l..::sj que vous me désignez; il ne m'en reste plus qu'ufi~ demi:-douzaine, déjà destinés; et depuis votre départ, il en a été pour moi de cette brochure eomme de mon Mémoire pour le prix de Volney : je n'y pense plus. Ce sera jusqu'au bout mon habitude de laisser mourir de leur belle mort mes rapsodies qui fìnissent toujours par m'ennuyer autant qli.e personne. J" e vous remercie sincèren1ent de vos bons conseils, et vous dis une fois pour toutes que je n'ai pas si bonne opinion de moi q~e vous-mème; je n'ai pas le loisir de travailler mon style: je suis trop pauvre et trop mal dans mes affaires pour m'amuser à ètre gent de lettres; je crois d'ailleurs que l'age d'or de ce qu'on appclle purement littérature est passé pour jamais. Tant que l'homme sait peu, il par le nécessairement beaucoup .; moi:is il raisonne, plus il chante; et quand il n'a rien à dire, il amuse l'oreille par son joli babil. ·Je suis peu propre à telle besogne, quoique je regrette po11r- tant de ne pouvoir m'exprimer avec plus de facilité, car j 'aurais encore bien des choses à dire. Mais quand elles seraient aussi excel]entes que je les suppose, ces choses, quand je les dirais aussi bien que Bossuet ou Voltaire, il me manquer ait encore le talent de les faire valoir, car aujourd'hui les portes du Parnasse sont gardées, non par des chérubins, mais par des loups cerviers. Laissons là la littérat:ure· et les littérateurs; j e suis fait pour l'atelier, d'où j'aurais du ne jamais sortir, et où je rentrerai aussitòt que je le pourrai. J e suis épuisé, découragé, prosterné. J'ai été pauvre l'an- née dernière, je suis, celle-ci, indigent. Mon budget tout réglé, il me restera, à dater du 1 e.r avril prochain, 2 00 francs pour vivre six mois à Paris, au bout des- Biblioteca Gino Bianco
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